6 cadres sur 10 seulement cherchent à négocier leur salaire lors d’un entretien d’embauche, selon une étude APEC (2023). Les hommes sont 61% à le faire, alors que les femmes, 55% seulement. «Chaque candidat a une valeur, il faut se positionner», s’exclame Pierre Audierne, DRH et cofondateur du podcast Ça vient des RH. «La question à se poser, c’est que peut-on apporter à l’entreprise en terme de compétences, de projets ? C’est ce qu’il faut valoriser. Il est important de commencer un nouveau poste avec une rémunération satisfaisante sinon cela va être compliqué en terme de motivation».

La clé pour bien négocier ? Arriver préparé ! «Il faut prendre en compte la situation de l’entreprise : est-elle dans une stratégie de croissance, de stabilisation ?» Des informations fondamentales à glaner avant l’entretien d'embauche ou lors des premières étapes.

Parler salaire au bon moment

Combien de candidats hésitent sur le bon moment pour aborder la question salaire ? «Il est important de s’entendre sur une fourchette tôt dans le process de recrutement, continue le DRH, sinon, c’est une perte de temps pour les deux parties, mais sans rentrer tout de suite dans la négociation, ce qui pourrait être mal perçu». D’ici le 7 juin 2026, la directive européenne 2023/970 sur la transparence salariale sera transposée dans le droit français et obligera les entreprises de plus de 50 salariés à indiquer dans les offres d’emploi un salaire de départ ou une fourchette de rémunération. «Cela va forcer les entreprises à se positionner sur ce qu’elles proposent. Elles vont désormais devoir faire des grilles en interne, se positionner sur une stratégie salariale au long cours».

Aucune négociation sous le coup de l’émotion

Qu’entend-on d’ailleurs par rémunération ? «Il est important de s’assurer qu’on utilise le même champ lexical que le recruteur. En France, on négocie un brut, rappelle Pierre Audierne. Mais on peut aussi négocier un package, des objectifs avec une prime assortie ou encore des conditions de travail qui permettent de se trouver valorisé dans l’entreprise». Des alternatives qui peuvent constituer le coeur de la négociation si la rémunération n’est pas celle espérée. «Si la négociation est rigide, proposez d’autres scénarios. Pour cela, il faut être curieux durant l’entretien, être allé sur le site de l’entreprise : quels à côtés pourriez-vous obtenir ?»

Surtout, il est important de laisser ses émotions à l’entrée de la salle d’entretien. «Une négociation, c’est un échange entre deux personnes dont la finalité est de se mettre d’accord, pas de se confronter. Il faut rester ouvert, être à l’écoute du recruteur.» Comme dans tout échange, mieux vaut se préparer à entendre un «non». Et déterminer une fourchette sous laquelle on ne descendra pas. «Attention à ne pas accepter une rémunération basse alors qu’on va vous demander la lune. C’est du respect de soi-même de refuser même si le poste est sympa, pour ne pas se mettre en danger. Prenez du recul : ce n’est pas grave de rater un process, on a tous besoin de reconnaissance. Et la rémunération en fait partie».