Si le régime de base de la Sécurité sociale constitue le premier étage de votre future pension, la retraite complémentaire en est le second pilier indispensable. Que ce soit pour les salariés, les chefs d’entreprise ou les professions libérales, ce système fonctionne selon une logique distincte du régime général dont le calcul est basé sur les 25 meilleures années de salaires. À noter que chacun a sa complémentaire : l’Agirc-Arrco pour les salariés du privé, le RCI pour les indépendants, la CAVEC pour les experts-comptables ou encore la CARPIMKO pour les métiers paramédicaux libéraux.

La complémentaire repose sur un système de points : « Plus la rémunération du salarié est importante, plus il paye de cotisations sociales et donc accumule des points », explique Gaëtan Cochard, directeur du développement chez Kereis Expertises. Chaque caisse possède son propre prix d'achat du point, que l'on appelle le coût d'acquisition (ou salaire de référence). Pour acquérir un point, vous devez cotiser une somme précise fixée chaque année par les partenaires sociaux. Par exemple, à l'Agirc-Arrco, le coût d'acquisition d'un point est de 20,1877 euros.

La valeur de service du point

Pour connaître le montant de votre précieux capital de points en euros sonnants et trébuchants, le calcul est en réalité assez simple. Il suffit d'appliquer la formule suivante : le nombre de points multiplié par la valeur de service du point (le prix auquel la caisse vous « rachète » votre point au moment de votre retraite pour vous le verser sous forme de pension). « Pour l’année 2026, à l'Agirc-Arrco, cette valeur s'établit actuellement à 1,4386 euros », précise l’expert. Concrètement, si vous avez accumulé 5 000 points Agirc-Arrco au cours de votre vie professionnelle, votre retraite complémentaire brute s'élèvera à 7 193 euros brut par an. »

La seule variable étant l'évolution de cette valeur de service, indexée chaque année par les gestionnaires des caisses pour faire face à l'inflation, et elle est identique pour tous les assurés qui liquident leurs droits à une même période. « En mettant en parallèle le coût d'achat du point et sa valeur de service, on obtient le taux de rendement de la caisse, autour de 7 % pour l'Agirc-Arrco, calcule-t-il. Cela signifie qu'un retraité doit percevoir sa pension complémentaire pendant 14 ans pour récupérer l'intégralité des cotisations obligatoires versées au cours de sa carrière ».

Acheter des points

Légalement, il est possible d’augmenter artificiellement son stock en cas de pauses professionnelles ou de longues études, « un maximum de 140 points par année incomplète ou d'études, dans la limite stricte de 3 ans, soit 420 points au total », révèle Gaëtan Cochard. À quel tarif ? Cela dépend d'un coefficient lié à l’âge : plus vous formulez votre demande tard, plus le point coûte cher (avec une augmentation annuelle de 3 % à 4 %). « Mais acheter des points quand on a 20 ou 30 ans n’est pas un bon calcul puisqu’on ne connaît pas encore ses besoins à la retraite et, surtout, les règles de calcul changeront probablement », ajoute-t-il.

Par exemple, à l'âge moyen des bilans de retraite, à savoir 58 ans, racheter le plafond des 420 points représente un investissement d'environ 17 000 euros. Sachant que ces 420 points supplémentaires rapporteront 604 euros bruts de plus par an, le calcul invite à la prudence. « Sans optimisation fiscale, il faudrait vivre 28 ans après l’âge de départ en retraite pour rentabiliser l'opération, constate-t-il. En fait, la question se pose sérieusement pour des rémunérations très élevées pour lesquelles la complémentaire représente environ près de deux tiers de la pension, et rarement plus d'un tiers pour le régime de base ».

Quelle stratégie ?

Avant d'envisager un rachat de points, vérifiez d’abord le régime de base puisque l'Agirc-Arrco y est structurellement aligné : « Dès que vous obtenez votre taux plein au régime général, en totalisant le nombre de trimestres requis, 172 trimestres, votre retraite complémentaire se déclenche automatiquement à taux plein, conseille Gaëtan Cochard. Dans la majorité des cas, la stratégie la plus rentable consiste à racheter des trimestres au régime de base pour effacer la décote générale, plutôt que d'acheter des points complémentaires dont le retour sur investissement est beaucoup plus lointain et incertain ».