Jamais un produit d’épargne retraite n’avait connu une telle montée en puissance en si peu de temps. Créé par la loi Pacte, le PER a franchi au troisième trimestre 2025 le cap des 141,1 milliards d’euros d’encours. En un an, plus d’un million d’épargnants supplémentaires ont souscrit un plan.

Dans le détail, les PER individuels pèsent à eux seuls 82,4 milliards d’euros, contre 31,7 milliards pour les plans collectifs d’entreprise et 27,1 milliards pour les PER obligatoires. Il s’agit du quatrième trimestre consécutif de progression soutenue. Les plans d’entreprise collectifs progressent grâce à l’abondement de l’employeur, tandis que les dispositifs obligatoires restent plus marginaux.

L'incertitude comme moteur

Derrière cette dynamique, l’inquiétude joue un rôle central. Selon le Cercle de l’Épargne, 72 % des actifs redoutent de ne pas pouvoir vivre correctement avec leur seule pension légale. «C’est l’incertitude sur la retraite qui fait basculer vers ce produit, pas l’appât du gain», résume Philippe Crevel, président du Cercle de l’Épargne.

La conjoncture financière a également soutenu les encours. «La Bourse se tient relativement bien et les fonds en euros sont mieux rémunérés. Les supports financiers du PER se portent bien», observe-t-il. Les fonds en euros affichent actuellement des rendements annuels autour de 2,5 à 3 %. Les profils plus exposés aux marchés financiers peuvent espérer davantage, mais au prix d’une volatilité accrue.

Retraite ou optimisation fiscale ?

Si l’inquiétude explique l’adhésion, la fiscalité explique l’ampleur du phénomène. «On connaît en France l’attrait pour les niches fiscales», note Philippe Crevel. La possibilité de déduire les versements du revenu imposable «concourt au succès du PER chez les cadres et les indépendants».

Les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable, dans la limite du plafond d’épargne retraite indiqué sur l’avis d’imposition. Pour un contribuable taxé à 41 %, un versement de 10 000 euros peut ainsi réduire l’impôt de 4 100 euros. Le PER devient alors un véritable outil d’arbitrage fiscal, transformant une charge immédiate en épargne longue.

La dynamique se traduit aussi dans les chiffres : les versements ont progressé de 16 % en 2025 pour atteindre 20,2 milliards d’euros. Reste une interrogation : le PER est-il d’abord un placement retraite… ou un outil de gestion de l’impôt ? Car si l’avantage fiscal à l’entrée est puissant, la fiscalité à la sortie et le blocage des fonds jusqu’à l’âge légal rappellent qu’il s’agit d’un engagement de long terme.

En 2026, la dynamique devrait se poursuivre, tant le PER s’est installé au cœur des stratégies patrimoniales, à mi-chemin entre préparation de l’avenir et optimisation fiscale immédiate.

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