Si le coût des trajets change les plans de biens des Français, il n’est encore pas envisageable pour près de 80% d’entre-eux de partir en vacances autrement qu’en voiture. Même s’il faut sacrifier son budget sur l’autoroute. Alors que vous vous apprêtez à mettre vos valises dans le coffre direction votre lieu de villégiature, à coups de paiements par carte bancaire aux barrières de péages, l’Etat cherche à changer le modèle des concessions d’autoroute. En effet, la grande conférence sur le financement des transports s’est achevée mercredi 9 juillet et un premier projet de loi, attendu pour décembre 2025, doit «fixer les grandes orientations en matière de financement des infrastructures» à horizon 2030. Outre la création d’une taxe sur la livraison de colis à domicile en zone urbaine ou encore la hausse des tarifs de transport en commun, cela induirait de mettre par exemple les péages autoroutiers à contribution, aux côtés des efforts de la SNCF, pour financer le renouvellement du réseau ferroviaire.

Toutes ces concessions sont aujourd’hui très rentables

Les concessions d'autoroutes laissées depuis 2006 aux mains des sociétés privées gestionnaires comme la Sanef, Vinci ou encore APRR, doivent être renouvelées entre 2031 et 2036 - avec un cadre plus exigeant, mieux contrôlé et un pilotage plus strict de l'Etat. Alors que toutes ces concessions sont aujourd’hui très rentables, l’Etat veut donc piocher dans les recettes des péages à hauteur de 2,5 milliards d’euros par an, pour payer la rénovation ou le remplacement des rails vieillissants et en très mauvais état en France. Les besoins d’entretien sont énormes et le budget contraint, et aujourd'hui, on estime que 10 000 kilomètres de lignes sont menacés d’ici 2035.

En attendant, les caisses sont donc bien remplies, alors que le système des concessions autoroutières fait aujourd'hui l'objet d'intenses débats politiques. Sur la route de vos vacances, vous vous poserez peut-être la question de l'utilisation des recettes des péages. Alors, où va l’argent de vos redevance

Des milliards d’euros de marge pour les sociétés d’autoroutes

Selon l'Association des sociétés françaises d'autoroutes (Asfa), contactée par Capital, le chiffre d’affaires des péages s’est élevé à environ 12,82 milliards d’euros l’année dernière, pour 1,71 million de transactions. Ainsi, les recettes se répartissent globalement de la façon suivante : sur 10 euros, 3,90 euros sont directement reversés à l’État sous forme de taxes et d’impôts, 3,50 euros vont dans les poches des concessionnaires privés pour, citons l’Asfa, «la construction et la modernisation» des axes autoroutiers ainsi que de leurs ouvrages d'art, comme les ponts, les tunnels et autres barrages, ainsi que pour «financer l’exploitation et les services» prodigués par les sociétés d'autoroutes. Reste la part pour «le remboursement des dettes» (et la rémunération des actionnaires), qui s’élève à 2,60 euros.

Mais cette ventilation générale ne permet pas de connaître les marges dégagées par chaque société d’autoroutes. Pour le savoir, il faut éplucher les rapports financiers de ces dernières quand ils sont disponibles. Et le constat est édifiant ! Prenons par exemple, le groupe ASF, filiale du géant du BTP Vinci. Il est constitué de deux réseaux : d’une part ASF proprement dit, avec entres autres les très empruntées en ce moment autoroutes A7 (entre Lyon et Marseille) et A9 (Orange-Narbonne) et d’autre part Escota, le long de la Côte d’Azur. L’an dernier, le chiffre d’affaires généré par les péages (qui constituent l’essentiel de l’activité) s’est élevé à 4,7 milliards d’euros en 2024 pour un résultat net global de 1,6 milliard d'euros, une fois le coût de l’endettement et des impôts sur les bénéfices pris en compte… Autre exemple, toujours chez Vinci, avec Cofiroute et notamment l’A11 (Paris-Nantes). Le chiffre d’affaires a atteint l’an dernier 1,6 milliard pour un résultat net de 0,5 milliard d'euros.

Du côté du groupe APRR (+AREA et Aliae), avec par exemple l’A6 (Paris-Lyon), ses revenus des péages, qui constituent là encore le gros du business, ont atteint 3 milliards d’euros en 2024, pour un résultat net global de 1,1 milliard d’euros. De son côté, toujours l’an dernier, la Société des autoroutes du Nord et de l'Est de la France (Sanef) a réalisé un chiffre d'affaires de 2,13 milliards d'euros pour des profits s’élevant à 0,8 milliard d'euros.

Les sociétés d'autoroutes peuvent remercier les automobilistes car elles gagnent une fortune grâce à eux : selon le rapport complet de l'Autorité de régulation des transports au titre de l’année 2023 (décalage des calculs), elles ont dégagé un résultat opérationnel jamais vu de 55%. La marge nette a atteint quant à elle 36,2% du chiffre d'affaires. Et encore, l’institution indique que «certains facteurs sont venus limiter sa progression», comme les hausses de charges, les taux d'intérêt plus élevés et l'augmentation de l'impôt sur ces sociétés, décidés par le gouvernement. Et les actionnaires s’en frottent les mains, avec des dividendes record, soit 4,1 milliards d'euros. En moyenne, chacun des 9 000 kilomètres en service a dégagé 490 000 euros de profits cette année-là…

Et ce n’est sans doute pas fini puisque, chaque année, c’est la même rengaine, les tarifs des péages d'autoroutes augmentent, avec par exemple une hausse de 3% appliquée en France depuis le 1er février 2025.

La privatisation des autoroutes en 2006, est régulièrement critiquée par l'opacité du processus de fin de ces concessions. Entre bénéfices records pour les concessionnaires et investissements jugés parfois limités dans le réseau, ce sujet de la gestion des autoroutes en France est loin d'être clos.

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