Jaguar aurait-il perdu la tête ? Oubliez tout ce que vous savez sur ses modèles élégants so British, son logo animal et le rugissement d’un moteur mythique, il n’en est plus rien. En difficultés depuis plusieurs années, le constructeur automobile anglais, propriété du groupe indien Tata, qui ne vivait plus que de la vente de modèles en stock (il ne produit plus depuis un an) auprès d'une clientèle conservatrice, a opté pour un changement radical afin de se relancer. Et se rêve désormais en marque de luxe.

Fin 2024 déjà, une campagne teaser sur sa nouvelle identité avait déclenché un véritable bad buzz. Les images avaient heurté la sensibilité d’un public complètement déconcerté face à des codes stylistiques bien éloignés de son identité originelle. Trop de couleurs, trop de modernité, trop de “wokisme”, et donc pas assez Jaguar. Les réactions avaient même été assez violentes pour dire toute la honte de snober de la sorte 100 ans d’histoire. Du jamais vu. Peu importe, Jaguar s'active toujours à se réinventer totalement et vient de présenter, ce 21 mars, en avant-première à Paris, son concept-car nommé Type 00, qui annonce ce que sera son futur -tout- électrique. Un modèle conforme à la montée en gamme voulue par le constructeur et qui sera bel et bien commercialisé, à 90% du prototype, à l’été 2026. Cela ne plaira pas à tout le monde, selon le constructeur, qui assume totalement ce choix.

Qui achètera une Jaguar électrique à 150 000 euros ?

Le but étant de ne pas forcément faire du volume mais d’être rentable, la grande tendance du moment. Mais c’est à double tranchant… Car vous nous voyez venir, le prix de la première voiture électrique de Jaguar est totalement fou, annoncé entre 120 000 à 130 000 livres, ou 150 000 euros, doublement plus cher que sa gamme de voitures actuelle. Les tarifs ne sont d’ailleurs pas encore fixés, et pourraient donc grimper d’ici la commercialisation. Comme une marque de luxe, Jaguar ouvrira sa première concession urbaine dans le Triangle d’or parisien, au cœur du 8e arrondissement. Capital a pu approcher cette Jaguar Type 00, un projet initié il y a 5 ans, et vous dit comment le constructeur justifie ce prix très élevé.

© Jaguar

La Jaguar Type 00 préfigure donc à 90% de ce que sera la voiture de série à son lancement l’année prochaine. Il est confirmé qu’elle sera proposée sous la forme d’une luxueuse GT électrique de quatre portes. En attendant, le prototype interpelle, d’abord par son gabarit, long d’un peu plus de 5 m, large de 2 m et haut de 1,30 m. L’avant détonne par son imposante calandre rectangulaire striée, et le dessin des quatre feux dissimulés et très fins (comme à l’arrière). Son profil étonne par son capot interminable, ses énormes jantes de 23 pouces et sa poupe en pente dépourvue de vitrage arrière, où l’on retrouve l’effet strié également. Alors que ses montants de pare-brise sous vitre sont invisibles, le concept-car s’équipe de portes en élytre (pas certain qu’elles soient gardées), qui dévoilent un habitacle biplace surprenant. Jaguar a tout misé sur les matériaux : on y découvre, outre des textiles travaillés, du laiton à foison, mais aussi du travertin et de l'albâtre. Et ce qui saute aux yeux, c’est cette épine dorsale en laiton qui traverse tout l’intérieur, séparant bien le poste conducteur de celui du passager. Deux grands écrans géants viennent aussi se greffer. D'ailleurs, ils projettent les images captées par des caméras déployables en bas de caisse qui font office de rétroviseurs.

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Les seules données techniques communiquées à ce jour concernent une conception sur la base d’une plateforme inédite et dédiée, nommée JEA (Jaguar Electrical Architecture). Mais aussi une autonomie qui pourrait s’approcher des 770 kilomètres (sous le cycle WLTP), grâce notamment à une batterie d’une capacité de 100 kWh. Il serait également possible de récupérer plus de 320 km d’autonomie en une seule charge de 15 minutes. Pour finir, la direction design promet une puissance de 1 000 chevaux sous le capot.

© Jaguar

A qui va parler tout ce luxe ? Car cette voiture prend de la place, sur la route, comme sur le compte bancaire. Jaguar veut aller chercher la clientèle du côté de Rolls-Royce et de Bentley et assume que personne n’aura besoin de s’acheter ce modèle, et qu’il s’agit davantage d’un achat plaisir. Pourquoi pas, sauf que la clientèle aisée, qui n’apprécie pas la contrainte, peut s’acheter plusieurs modèles, et préfèrera sans doute acquérir une petite citadine électrique pour ses trajets du quotidien, et s’offrir une bonne voiture sportive à essence pour s’amuser, le temps d’un week-end.