
C’est la balade incontournable des vacances en été. De la Provence au Pays basque, de la Bretagne à la Normandie, du front de mer à l’arrière-pays, difficile d’échapper aux marchés estivaux. Décor champêtre, accent chantant, pancarte artisanale… bien des commerçants n’hésitent pas à en rajouter pour faire couleur locale et rassurer le chaland… Seulement, l’origine et la qualité des marchandises vendues laissent parfois à désirer, sans compter des prix abusifs. Et il est parfois difficile de s'y retrouver parmi les différents labels d'origine. Tour d’horizon de ce que vous pourriez découvrir sur les étals.
Fruits et légumes : faites attention aux marchandises francisées
Melons, pastèques, pêches, abricots, tomates… L’été est la saison idéale pour se délecter de savoureux fruits et légumes, dont les prix ont d'ailleurs tendance à baisser, désormais. En quête de production locale, les vacanciers pensent avoir plus de chance sur les marchés que dans les grandes surfaces. Attention toutefois à la pratique de la francisation, dénoncée récemment par la revue 60 Millions de consommateurs : certains commerçants peu scrupuleux sont tentés de faire passer de la marchandise venue de l’étranger pour de la production locale ou de mélanger les deux. L’avantage est double, puisqu’ils vont s’approvisionner à meilleur prix qu’en France tout en facturant plus cher comme si la matière première avait été récoltée dans la région. Pas facile d’éviter l’embrouille, sauf à privilégier les marchés de producteurs qui n’acceptent aucun revendeur. Des sites les recensant existent comme celui de Bienvenue à la ferme ou Jours de marché.
Sur la route ou dans certains petits villages, vous pourriez aussi être attirés par des marchands isolés proposant des fruits ou légumes à bon prix, disposés à la va-vite sur quelques tréteaux. La vente sur une propriété privée (cours de maison, cave…) ou sur le domaine public sont en effet autorisées, après avoir prévenu au moins la Mairie. Pourquoi pas, s’il s’agit d’un agriculteur du coin, expliquant d’où proviennent ses produits… Au moins 50% de ce qu’il écoule doit être issu de son exploitation. Méfiance tout de même, si aucune étiquette ne présente l’origine ou le calibrage. La vente au déballage, comme on l’appelle, est soumise aux mêmes obligations d’informations que les magasins primeurs. Seulement, les contrôles sont rares. Dernier conseil : n’hésitez pas à demander sur place où les habitants apprécient de se fournir.
Herbes de Provence : vérifiez l’origine des mélanges proposés
Parmi les symboles forts du Midi de la France, les herbes de Provence, qui parfument si agréablement les plats cuisinés, figurent en bonne place. Problème : les mélanges vendus sur les marchés en sachets sous l’appellation d’herbes de Provence ne contiennent pas forcément des plantes récoltées dans cette région ! Thym de Pologne, origan de Turquie… les origines peuvent être variées sans être illégales pour autant. «Le terme d’herbes de Provence, qui a été popularisé dans les années 1960 avec la célèbre marque Ducros, est trop générique pour être protégé», note Benjamine Vandeputte, créatrice du site Originel, les produits d’origine. Outre une provenance parfois exotique, le contenu des mélanges est également libre. «Il y a souvent beaucoup de romarin qui sent fort et n’est pas très cher et moins de thym ou d’origan plus onéreux», détaille notre spécialiste. Pour rassurer les consommateurs, des producteurs à Manosque (04) ont obtenu depuis quelques années un Label Rouge offrant à la fois la garantie de plantes réellement provençales mais aussi un mélange aux proportions certifiées : 27% d’origan, 27% de sarriette, 27% de romarin et 19% de thym. Notez pour finir le paradoxe suivant : si vous achetez non plus des mélanges mais une herbe séchée en particulier, la réglementation sur l’origine redevient stricte. Du thym polonais ne peut pas être écoulé pour du thym français… Heureusement, il existe aussi du thym provençal disposant d’un label IGP.
Olives : soyez prudent avec les recettes farcies ou aromatisées
Avec à peine 1500 tonnes par an environ, la production nationale d’olives ne couvre que 2% de la consommation française. Autant dire qu’il faut être regardant face aux étals généreux proposant toutes sortes de recettes, si vous souhaitez acheter local. Peu probable par exemple que des olives farcies avec de l’anchois soient tricolores, ce genre de garniture pouvant servir à cacher le goût médiocre d’une variété importée moins chère. Même risque avec les préparations cuisinées comme les tapenades. Heureusement, il existe des solutions pour s’y retrouver, en privilégiant déjà les types endémiques du Sud de la France, comme la picholine, la lucques, la salonenque ou encore la tanche et la grossane… Encore plus sûr, certaines olives bénéficient d’une appellation d’origine protégée (AOP), la version européenne de l’ancienne appellation d’origine contrôlée (AOC) française. Sauf grosse fraude, ce label offre une garantie d’approvisionnement. «Il en existe six», précise Alexandra Paris, directrice de la communication de France Olive, l’association interprofessionnelle du secteur : Nîmes, Nice, Nyons, Vallée des Baux-de-Provence (2 types) et Lucques du Languedoc. Comptez en général entre 13 et 17 euros le kilo. Enfin, sachez que les olives vertes et noires ne sont différentes que par leur degré de maturité. Les premières sont simplement cueillies avant d’être mûres. Si le marchand ne sait pas cela, allez voir ailleurs…
Huile d’olive : scrutez les informations sur les étiquettes
Comme pour les olives, le gros des bouteilles d’huiles d’olive proposées à la vente en France sont importées (96%), notre pays étant un petit producteur. Et les prix sont encore nettement orientés à la hausse. Heureusement, la réglementation est stricte. Vous devriez donc facilement vous en sortir pour trouver l’origine de l’huile achetée, en lisant les étiquettes placées sur la face avant des bouteilles, là-encore sauf fraude manifeste. Le pays indiqué signale que non seulement les olives y ont été récoltées mais qu’en plus l’extraction de l’huile (la trituration) y a été effectuée. La mention «Origine France» ou le logo «Huile d’Olive 100% France» sont donc à rechercher. A l’inverse, une origine UE (Union européenne) sur une bouteille censée être issue du terroir constitue un solide indice d’une arnaque en vue. Là encore, pour profiter d’une garantie supérieure, vous pourrez opter pour l’une des neuf AOP existantes en France (Aix-en-Provence, Corse, Haute-Provence, Provence…). Ce label vous certifie que tout a été réalisé dans la région indiquée, récoltes des olives incluses. Enfin sachez que si l’on vous précise que l’huile a subi une première pression à froid, cela relève du pur marketing : toutes les huiles d’olive vierge extra doivent être obtenues par un chauffage à moins de 27°C. Comptez 20 à 25 euros le litre chez un commerçant raisonnable.
Retrouvez nos deux autres épisodes sur les arnaques des marchés estivaux, avec les précautions à prendre en matière de produits alimentaires transformés, puis avec les souvenirs artisanaux.
- Accès à tous nos articles pour comprendre l’économie
- Des conseils pratiques et solutions concrètes pour gérer vos finances
- Lecture immersive, publicité limitée
- Sans engagement



















