
Confronté aux droits de douane américains et aux mesures antidumping chinoises, le cognac français traverse actuellement une crise sans précédent. Lourdement pénalisés sur leurs principaux marchés dans le monde, les acteurs de la filière sont aujourd’hui contraints de prendre des mesures difficiles. Ainsi, la maison de cognac Rémy Martin, filiale de Rémy Cointreau, a décidé de placer plusieurs centaines de salariés au chômage partiel une semaine par mois jusqu'en juin, a-t-on appris ce mercredi 16 avril de source syndicale, comme le relaie BFMTV.
Les deux tiers des quelque 390 salariés du site de Merpins, en Charente, sont concernés par cet arrêt de l'embouteillage qui a débuté cette semaine, a précisé à l'AFP David Charrier, délégué syndical Force Ouvrière, confirmant des informations du quotidien Charente Libre. Ces employés verront donc leur salaire mensuel amputé de 7%. En outre, cette mesure est programmée pour trois mois, renouvelables «si la situation venait à perdurer», précise le syndicaliste, qui s'inquiète aussi pour les nombreux intérimaires travaillant habituellement pour Rémy Martin
50 millions d'euros de pertes par mois
Les marchés chinois et américains représentent environ 80% du chiffre d'affaires de Rémy Martin. Le directeur général de Rémy Cointreau, Éric Vallat, en poste depuis 5 ans, a démissionné la semaine dernière de ses fonctions à la tête du groupe de spiritueux. «Ça fait 30 ans que je suis chez Rémy. J'ai connu les années compliquées où il y a eu des crises, mais on n'a jamais eu de crises qui prenaient les deux plus gros marchés», relève David Charrier.
Rémy Martin est la première des trois grandes maisons de cognac (avec Hennessy et Martell) à appliquer une telle mesure face à la crise du secteur. Depuis mi-novembre, Pékin impose aux importateurs de brandys européens (eaux-de-vie de vin, essentiellement du cognac) de déposer auprès des douanes chinoises une caution, en représailles à une procédure européenne visant les subventions d'État dont bénéficient les véhicules électriques fabriqués en Chine.
Ces mesures ont durement impacté la filière française du cognac, qui affirme perdre 50 millions d'euros par mois depuis leur instauration. Comptant 72 500 emplois dans le pays, elle est particulièrement dépendante des exportations, qui représentent 98% de ses ventes, pour un montant de 3,35 milliards d'euros, avec comme premier client les États-Unis (38% des expéditions), devant la Chine (25%).


















