Treize millions de Français souffrent de maladie mentale ou de troubles psychiques, selon l’OMS. Les jeunes figurent parmi les populations les plus vulnérables : le suicide constitue la première cause de mortalité chez les 15-35 ans, selon le gouvernement, qui estime que 15 à 20% de la population générale sera touchée par la dépression au cours de sa vie. Pour faire face à ces données alarmantes, le gouvernement a décidé de prendre la santé mentale des Français à bras-le-corps.

Souvenez-vous : en septembre 2024, Michel Barnier, alors Premier ministre, avait décrété la santé mentale grande cause nationale du gouvernement en 2025. Avant lui, Gabriel Attal avait déjà annoncé vouloir mettre l’accent sur ce sujet. Depuis la crise du Covid, la santé mentale, notamment chez les plus jeunes, s’est visiblement dégradée. Son gouvernement avait alors promis le lancement d’un Conseil national de la refondation dédié, qui ne s’est finalement jamais tenu en raison de la dissolution de l’Assemblée nationale.

Santé mentale : le gouvernement dévoile un plan en trois axes

Mi-2025, le gouvernement de François Bayrou a présenté un nouveau plan pour mieux repérer et soigner les troubles psychiques, tout en rendant la psychiatrie plus attractive. Mercredi 11 juin, le ministre chargé de la Santé et de l'Accès aux soins, Yannick Neuder, a détaillé une trentaine de mesures. Ce plan psychiatrie se veut le «point de départ» d’«un engagement durable», selon le ministre. Face aux critiques, y compris au sein de la majorité, sur l’inaction de l’exécutif, il a récemment assuré que la grande cause nationale ne sera «pas qu’un slogan».

Le premier axe vise les repérages et interventions précoces, notamment pour les jeunes de 12 à 25 ans. Il reprend certaines mesures annoncées mi-mai par la ministre de l’Education, Elisabeth Borne : formation de deux adultes repères dans chaque établissement du second degré et chaque circonscription du premier degré d’ici 2026, déploiement d’un modèle national de repérage et d’intervention précoce, et formation de 100% des personnels de santé scolaire au repérage. Le deuxième axe entend favoriser «une psychiatrie de proximité, lisible et accessible», pour mieux accompagner les patients avant, pendant et après une crise aiguë. Le troisième axe a pour but de «reconstruire» la psychiatrie. Le gouvernement prévoit de «renforcer la formation» des étudiants en médecine, avec l’introduction d’un module avancé de psychiatrie dans chaque faculté, associé à un stage pratique. Le nombre d’internes en psychiatrie passera de 500 à 600 par an à partir de 2027.

Interrogé sur le financement de telles mesures, Yannick Neuder a déclaré au Parisien : «On doit s'appuyer en priorité sur les moyens que l'on a». Il estime qu’«au-delà des enjeux de financement», la psychiatrie «traverse une crise des vocations, de l’attractivité, de l’organisation des soins». Ce plan était très attendu par les professionnels. En 20 ans, le nombre de patients a doublé, environ un tiers des postes de praticiens hospitaliers sont vacants, et le nombre de lits a diminué. Accès dégradé, pénurie de moyens, inégalités territoriales, droits fondamentaux bafoués : le Comité d’éthique a alerté fin janvier sur la crise de la psychiatrie et l’urgence d’un plan ambitieux.

Mon Soutien Psy totalise plus de 580 000 patients en 2025

En 2022, le gouvernement avait lancé le dispositif Mon soutien psy pour rendre plus accessibles les soins psychologiques et répondre aux besoins de santé mentale. Depuis l’été 2024, les patients n’ont plus besoin de consulter un médecin au préalable pour accéder aux séances, dont le nombre maximum est passé de 8 à 12, avec possibilité de téléconsultation. Chaque séance, facturée 50 euros, est prise en charge à 60% par l’Assurance maladie.

Selon le gouvernement, au 28 février 2025, plus de 580 000 patients ont pu bénéficier d’un suivi psychologique via ce dispositif, pour un total de 3,1 millions de séances effectuées. Le nombre de psychologues conventionnés sur la plateforme s’élève désormais à 5 217 professionnels, contre seulement 2 700 en juillet 2024.

Pourtant, le dispositif est loin de faire l’unanimité chez les professionnels, nombreux à avoir, dès son lancement, pointé du doigt des tarifs jugés trop bas pour les séances. Le prix initial était fixé à 30 euros. La profession estimait également que les sommes utilisées pour les remboursements de consultations seraient mieux employées à financer les suivis psychologiques dans le secteur public. L’Assurance maladie, quant à elle, espère que le nombre de psychologues conventionnés continuera d’augmenter. Environ 16 000 à 18 000 psychologues remplissent les conditions fixées pour être conventionnés.