
Depuis le 22 mars 2025, les travailleurs frontaliers au chômage sont soumis à de nouvelles règles. Les Français ayant perdu leur emploi en Suisse devront désormais accepter des offres «raisonnables» alignées sur les standards du marché français — y compris sur les salaires, souvent bien inférieurs à ceux pratiqués outre-frontière. France Travail dispose de deux mois pour les accompagner dans la recherche d’un poste à l’étranger. Passé ce délai, deux refus d’offres jugées conformes suffiront à entraîner une radiation et la suspension des allocations, rapporte France 3 le 10 avril.
Cette réforme s’inscrit dans une volonté de réduire le coût de l’assurance chômage pour les frontaliers, estimé à 800 millions d’euros en 2023 selon l’Unedic. En vertu de l’accord européen de 2004, toujours en vigueur, la Suisse ne rembourse qu’environ 20 % des indemnités versées aux travailleurs transfrontaliers licenciés. Le reste est à la charge de la France, un déséquilibre que l’État entend désormais corriger.
Une transition brutale pour les concernés
Durant les deux premiers mois de chômage, France Travail peut proposer des offres situées en France ou à l’étranger. Passé ce délai, l’accompagnement se concentre uniquement sur le marché français. Et la règle est claire : après deux refus d’offres dites «raisonnables», les droits au chômage sont suspendus. «Il ne s’agit pas d’une mesure ciblée : ce sont exactement les mêmes règles que pour tous les demandeurs d’emploi», souligne le ministère.
Trois critères permettent de définir ce que constitue une offre raisonnable. Tout d'abord, l’offre doit correspondre aux compétences et au profil du demandeur d’emploi. Ensuite, le poste proposé doit se situer à une distance acceptable de son domicile. Ainsi, un frontalier résidant à Annemasse ne peut se voir imposer une offre située à Lyon. Enfin, le critère salarial est désormais clarifié : selon le décret publié en mars, le montant proposé devra correspondre aux salaires «habituellement pratiqués dans la zone de recherche, mais uniquement en France», précise à Capital le cabinet d’Astrid Panosyan-Bouvet, ministre du Travail. Il s’agit là de la seule évolution introduite par ce texte. Le gouvernement insiste : ni le montant, ni la durée d’indemnisation des chômeurs transfrontaliers ne sont modifiés.
Près de 450 000 Français travaillent chaque jour à l’étranger
Comme l'indique France 3, cette réforme marque un changement de cap perçu comme injuste par de nombreux frontaliers. «Ce décret, c’est un peu un acharnement», dénonce un travailleur jurassien. «On cotise en Suisse pour notre droit au chômage. C’est aux politiques de faire leur boulot.» Un autre ajoute : «Le frontalier a un train de vie supérieur à un salarié lambda. Le risque, c’est qu’il ne pourra plus y faire face.»
Certains rappellent que les frontaliers injectent chaque année d’importants revenus dans l’économie française, via l’achat immobilier, la consommation automobile ou les impôts locaux, malgré leur emploi en Suisse. Face à cette réforme, plusieurs associations de frontaliers ont décidé de s’unir au sein d’une Confédération européenne des frontaliers. Cette entité rassemble pour l’heure deux associations françaises (Franche-Comté et Alsace), une belge et une luxembourgeoise, avec l’objectif de porter leurs revendications à l’échelle de l’Union européenne. Selon les derniers chiffres disponibles, environ 445 000 Français travaillent chaque jour à l’étranger, principalement en Suisse, en Allemagne, en Belgique et au Luxembourg.


















