Fraîchement nommés, les nouveaux ministres sont déjà sous pression. La première passation de pouvoir a eu lieu dimanche 22 septembre dans la soirée. Moins de 24 heures après l’annonce du nouveau gouvernement, Antoine Armand a succédé à Bruno Le Maire à Bercy. Lundi, après un petit-déjeuner gouvernemental à Matignon, les nouveaux ministres ont pris peu à peu leur place dans les ministères qui leur ont été attribués.

Face à ce nouveau gouvernement, l'opposition s'agite. Le chef de file des députés socialistes, Boris Vallaud, a déclaré sur X qu'il ne s'agissait «pas d'un nouveau gouvernement», mais «d'un remaniement», «la continuation du macronisme en pire». Il a également assuré que «les socialistes censureront cette trahison du vote des Français». Les partis qui composent l’alliance de gauche NFP avaient déjà exprimé leur volonté de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Michel Barnier avant même sa formation.

Même François Hollande, aujourd’hui député en Corrèze, avait affirmé qu’il soutiendrait cette motion. Il a réaffirmé sa position en déclarant samedi soir sur TF1 : «En fonction de ce que Michel Barnier annoncera devant l’Assemblée nationale (lors de son discours de la politique générale, ndlr), il y aura une censure à établir.» Selon l’ex-président de la République, il revient au PS de prendre l'initiative de la motion de censure, car ce serait «la meilleure solution pour rallier un maximum de parlementaires».

Un gouvernement sous tension, entre attaques de la gauche et ultimatum du RN

Pour La France insoumise, «la constitution de ce gouvernement est une sorte de braquage en bande organisée», dénonce Manuel Bompard, député LFI et coordinateur du parti, lundi sur CNews. «Michel Barnier n'a pas dit un mot de la pauvreté. Il n'a rien proposé face à l'urgence écologique», a réagi Clémence Guetté, la vice-présidente insoumise de l'Assemblée nationale. «Un gouvernement contre nature et contre la nature», a renchéri la cheffe de file des Ecologistes, Marine Tondelier, sur BFMTV. La gauche attend donc au tournant le discours de politique générale de Michel Barnier. Cet exercice, qui n’est pas une obligation constitutionnelle mais est devenu une tradition républicaine, devrait avoir lieu le 1er octobre devant l’Assemblée nationale.

La déclaration sera également très attendue par le Rassemblement national. «C’est nous qui déciderons si notre gouvernement a un avenir», a affirmé Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme et président délégué du groupe RN à l’Assemblée nationale, lundi sur France Inter. «Michel Barnier a décidé de prendre le mur, car il s’est mis dans la continuité d’Emmanuel Macron», a-t-il poursuivi. «Rarement on a fait un tel bras d'honneur aux électeurs», estime le député et porte-parole du RN Laurent Jacobelli.

Un Premier ministre scruté avant l’ouverture de la session ordinaire de l’Assemblée nationale

Eric Ciotti qui a annoncé quitter la présidence du groupe LR, a lui aussi affirmé qu’il «voterait une motion de censure s’il y a des impôts qui frappent à la fois les Français et les entreprises». L’ex-cadre LR qui a pactisé avec le RN pendant la campagne des législatives dénonce une forme de «paresse intellectuelle». «Je suis un homme de droite et je ne serais pas bien sur cette photo (du gouvernement) macroniste», a-t-il poursuivi sur RTL, lundi matin. Le groupe LIOT (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires) qui compte deux ministres au sein du gouvernement, a précisé samedi, dans la soirée, qu’il restait dans l’opposition. Pour autant, le groupe parlementaire ne s’est pas positionné sur la possibilité de signer une motion de censure.

L'alliance précaire entre les macronistes et la droite LR compte 213 sièges à l'Assemblée nationale. Bien que cela soit supérieur aux 182 députés de la coalition de gauche et aux 126 parlementaires du Rassemblement national, cela reste insuffisant pour atteindre la majorité absolue requise pour voter les textes proposés par le gouvernement Barnier.

Par ailleurs, pour être adoptée une motion de censure doit obtenir le vote de la majorité absolue soit de 289 députés. Les différents groupes qui souhaitent censurer le nouveau gouvernement devront donc s’allier. Pour rappel, une motion de censure doit d’abord obtenir la signature du dixième des députés avant d'être déposée. Un délai de 48 heures doit ensuite être observé avant que la motion soit soumise au vote des membres de l’Assemblée nationale. Les voix des députés qui s’abstiennent ou qui sont absents au moment du vote ne sont pas comptabilisées. La session ordinaire de l’Assemblée s’ouvre le 1er octobre, plusieurs motions de censure devraient alors tomber. Chaque député ne peut signer plus de trois motions par session.

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