La croissance américaine montre soudain des signes de ralentissement. La récession se profile-t-elle ? La politique erratique de Donald Trump, claironnant qu’une récession ne lui ferait pas peur, a renforcé les inquiétudes d’un marché jusque-là euphorique, comme celle des citoyens américains. Que disent les données ? Du côté de l’inflation, c’est pour l’instant le statu quo. Les derniers chiffres sont fragiles : l’inflation américaine recule sur le papier. En février, les prix à la consommation ont chuté à 2,8% sur un an, contre un consensus à 2,9%. En outre, l’inflation sous-jacente, qui est plus importante pour comprendre la dynamique des prix à long terme, a baissé à 3,1% contre un consensus à 3,2%. Il s’agit de la première fois depuis juillet 2024 que les prix à la consommation et l’inflation sous-jacente diminuent conjointement.

Une trêve de courte durée ? La politique commerciale américaine soulève de l’incertitude à propos de l’inflation à court terme, d’où la hausse des anticipations d’inflation. Pour l’économie américaine, nous tablons sur une inflation à 3% cette année. C’est un peu éloigné de l’objectif de la Réserve Fédérale. Mais c’est aussi le signe d’une économie résiliente, poussée par la demande et où les hausses de salaire continuent de soutenir l’activité dans plusieurs secteurs d’activité.

Pas d’inflation galopante, mais peut-être un risque de récession ?

Pour preuve, l’indice GDPNow de la Fed d’Atlanta, qui permet de suivre en temps réel l’évolution possible du PIB en variation trimestrielle, s’est effondré à des niveaux atteints seulement pendant le confinement de la période Covid. Un indicateur à prendre avec des pincettes. Cet indicateur est très volatil, évoluant au gré des statistiques économiques, et n’est pas d’une grande fiabilité pour prédire avec exactitude le PIB américain. Craignant une guerre commerciale, les entreprises américaines importent massivement des marchandises pour constituer des stocks. C’est logique. Plus surprenant, les investisseurs américains ont importé pour des milliards de dollars de lingots d’or le mois dernier. Cela semble indiquer qu’ils sont fébriles et craignent les répercussions de la politique commerciale imprévisible de l’administration Trump.

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Celle-ci n’est évidemment pas indolore. En témoigne l’effondrement de la Bourse américaine, le regain de volatilité sur les devises et les actions ou encore l’attentisme des agents économiques. Les entreprises américaines réfléchissent à deux fois avant d’engager des projets d’investissement importants. Quant aux consommateurs, ils dépensent mais un peu moins que prévu selon les chiffres du mois de janvier. Tout ceci est cohérent avec un ralentissement de l’économie américaine. Nous avons abaissé notre prévision pour le premier trimestre à 1,9% sur un an, contre un consensus à 2,2%. Pour 2025, la croissance américaine pourrait être de 1,8% contre 2,3% initialement prévu. C’est un niveau en ligne avec la croissance potentielle américaine, et toujours nettement supérieur à la croissance en zone euro qui devrait être proche de 1% cette année, selon nos estimations.

Qu’est-ce qui pourrait mal tourner pour l’économie américaine ?

L’exercice de prévision économique est toujours risqué, encore plus à l’ère Trump. L’un des paramètres difficiles à estimer est l’impact du DOGE, qui a pour mission de réduire le gaspillage gouvernemental et les effectifs dans les agences gouvernementales, sur le marché du travail américain. Le nouvel organisme dirigé par Elon Musk – patron de Tesla – communique peu sur ses objectifs chiffrés et encore moins sur ses réussites. Nous estimons que le DOGE pourrait conduire à la suppression de 300 000 emplois publics. À cela, il faut ajouter les contractuels et les sous-traitants. Pour chaque emploi public, il y a en moyenne deux contractuels. Cela porte le nombre de suppressions d’emplois à 900 000. Est-ce beaucoup ? Pas vraiment. Ces pertes d’emploi seront certainement étalées dans le temps. En outre, cela reste peu quand on sait que 5 millions d’Américains changent d’emploi chaque mois.

Le vrai risque pour l’économie serait une poursuite de la correction sur les actions (chute de la Bourse américaine) qui finisse par déstabiliser le secteur financier. Pour l’instant, la baisse est toujours d’actualité. Les fonds spéculatifs, qui ont été initiateurs de tendance depuis le début d'année, continuent de vendre massivement des actions américaines. Ils se délestent d’actions individuelles, en particulier du secteur technologique, et non d’indices et de trackers. L'ampleur du sell-off est plus importante que lors de la correction de 2022. Entre le 7 et le 10 mars, ils ont vendu des actions au rythme le plus rapide depuis quatre ans. Au total, le S&P 500 a perdu plus de 5 300 milliards de dollars de capitalisation boursière en l'espace de trois semaines. C’est énorme.

Et le dollar semble pour le moment faire les frais de l’instabilité ambiante : sur le marché des changes, le cocktail est actuellement particulièrement amer pour le billet vert. La croissance plus faible que prévu aux Etats-Unis, de même que les arbitrages en faveur des Bourses européennes favorisent mécaniquement l’euro. Le plan d’investissement massif voté par le parlement allemand accroît aussi l’aire d’attractivité européenne.

En économie, la stabilité et la confiance sont des préalables

L’Europe ne semblait pas le mieux disant sur le sujet, subissant un double contexte politique et économique complexe. L’administration Trump a réussi l’exploit d’en faire une zone refuge. Mais la prudence s’impose : car si la comparaison est pour le moment favorable à l’économie européenne, de comparaison à contagion, il n’y a qu’un pas.