Dans le langage très feutré et très diplomatique des responsables d’EDF, on appelle cela des « délestages ». Mais en bon français, il s’agit tout simplement de coupures de courant. Auparavant, ce genre de pénurie n’affectait que les pays du tiers-monde, aux infrastructures défaillantes et à la gestion chaotique. L’électricité pouvait s’éteindre à tout moment à Abidjan, Yaoundé ou Bangui, pas à Paris ! Hélas, depuis quelques années, l’Hexagone lui-même ne semble plus prémuni contre ce genre d’accident. A preuve, le 8 janvier dernier, RTE, la filiale d’EDF en charge de l’équilibre entre l’offre et la demande de courant, a invité les ménages à réduire leur consommation, afin d’éviter une mauvaise surprise. Les capacités de production, soit 88.200 mégawatts, étaient en effet tout juste suffisantes pour couvrir les besoins (88.000 mégawatts).

La journée s’est passée sans encombre, mais « l’hiver 2020-2021 reste placé sous vigilance particulière, principalement à cause de la crise sanitaire, a tenu à préciser RTE. Si les conditions météorologiques s’avèrent normales, alors aucune difficulté ne sera à attendre sur l’approvisionnement en électricité. En revanche, en cas de vague de froid, des difficultés pourraient survenir ». Une manière élégante de nous demander de préparer les bougies…

Nom d’un pylône, mais comment a-t-on pu en arriver là, dans un pays soi-disant roi de l’énergie nucléaire ? La première raison tient justement à l’état de délabrement de notre parc atomique. Dans le rapport annuel World Nuclear Industry Status Report de 2020, rédigé par un groupe d’experts internationaux piloté par Mycle Schneider, le chapitre consacré à la France est particulièrement sévère pour notre électricien national. Il révèle que le nombre de jours d’indisponibilité de ses 58 réacteurs a explosé en 2019, pour atteindre 96,2 en moyenne. Cela représente plus de trois mois de fermeture chaque année pour chacune de nos centrales ! Du coup, le facteur de charge du parc nucléaire tricolore (autrement dit sa production réelle par rapport à ses capacités) ne dépasse pas 68,1%, un chiffre extrêmement bas. A titre de comparaison, d’autres pays nucléarisés, comme les Etats-Unis, affichent des performances proches de 90%.

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