Un budget avant la fin de l’année ? Les choses se compliquent. Députés et sénateurs ont échoué à parvenir à un accord en commission mixte paritaire ce vendredi, rendant très probable l’adoption d’une loi spéciale afin que l’Etat ne se retrouve pas sans budget. La loi spéciale va permettre de percevoir les impôts déjà en vigueur et de financer les services publics essentiels. Pourtant, il y a quelques jours, le ministre de l’Economie alertait sur la nécessité de parvenir à un accord, car «5,3 % [de déficit], ça ne passe pas».

Invité de France Inter ce vendredi, le gouverneur de la Banque de France avait aussi mis en garde avant l’échec de la commission, réclamant obligatoirement «un budget». Selon François Villeroy de Galhau, la perspective d’une loi spéciale n’était pas une bonne idée, car elle «ne fait aucun choix, et elle nous conduirait à un déficit nettement supérieur à ce qui est souhaitable». Mais pour 2025, le déficit est estimé à 5,4% du PIB. Or, si un déficit à 4,8% en 2026 aurait été un bon début, le gouverneur de la Banque de France considère désormais que «ce n'est plus atteignable au vu du débat parlementaire».

Le risque d’un «étouffement budgétaire»

Et François Villeroy de Galhau de prévenir sur la «frontière» au-dessus des 5%. «Au-delà, la France se mettrait en danger.» Selon lui, il faut «d’abord regarder les dépenses» qui sont aujourd’hui supérieures de neuf points de PIB à celles de nos voisins. Le gouverneur de la Banque de France le martèle : «Il faut absolument être à 3% dans quatre ans. C'est l'engagement européen que nous avons pris, mais c'est surtout le niveau de déficit à partir duquel la dette commence à reculer en proportion du PIB.»

Le défi est désormais de taille, a enfin laissé entendre François Villeroy de Galhau au risque d’un «étouffement budgétaire», car «chaque année les intérêts que nous devons payer sur la dette nous coûtent 7 milliards d'euros de plus». Malgré l’adoption du PLFSS, qui reste «une bonne nouvelle», le gouverneur de la Banque de France regrette le manque «d’économies sur les dépenses de santé de confort» et la charge mise sur les générations futures : «D’habitude les parents ou les grands-parents aident leurs enfants. Là, collectivement, nous sommes en train de faire l’inverse : on leur transmet une charge supplémentaire.»

Jeudi, le président de la Cour des comptes s’était montré sceptique quant à l’avenir des finances publiques. «Pour la deuxième fois en deux ans, la France risque de ne pas avoir de PLF (projet de loi de finances, NDLR) avant la fin de l’année», mettait-il en garde. Et de poursuivre : «Nous verrons si nous pouvons atteindre les 5% pour rester dans les clous (…) mais ça ne paraît pas très bien parti.»