La cloche sonnera lundi 2 septembre, mais la rentrée scolaire réserve encore des surprises de dernière minute. C’est le cas de Christine, dont la fille rentre cette année en CP, et qui a reçu ce jeudi matin un mail de l’école l’informant de l’absence de son instituteur pendant «une quinzaine de jours». En attendant son retour, elle devrait être accueillie, avec ses camarades, dans la classe d’un autre enseignant qui devra gérer le double de ses effectifs.

«C’est très généralisé, cette répartition en interne, surtout en primaire. Mais ce n’est pas du tout l’idéal, autant pour l’enfant qui est déstabilisé, que pour l’enseignant qui a déjà une classe parfois surchargée à gérer», déplore Katalin Lhomme, présidente de la FCPE 92, syndicat de parents d’élèves, qui incite les parents à renseigner les heures de cours perdues sur un site dédié, Ouyapacours, pour interpeller le ministère de l’Education nationale.

Des absences imprévisibles et un vivier insuffisant de remplaçants

Gérer le remplacement des professeurs est le quotidien des établissements scolaires et des rectorats, pour assurer la meilleure continuité possible de prise en charge pédagogique. Théoriquement, dans le premier degré (maternelle et élémentaire), le remplacement est censé s’opérer dès la première demi-journée d’absence (au-delà de 15 jours dans le secondaire). La direction académique des services de l’Education nationale (DASEN) affecte un enseignant remplaçant via un arrêté, qui précise également l'objet et la durée du remplacement à assurer.

Mais lorsqu’à certaines périodes, le volume d’absences est trop important et que le vivier de remplaçants ne suffit plus pour compenser, les rectorats faisant face à une pénurie d’enseignants, le système se grippe. En cas d’absences longues et surtout imprévisibles, les rectorats peinent à trouver des professeurs pour des matières en tension comme les mathématiques, la technologie, le grec, la philosophie… Les recteurs ont alors la possibilité de recruter des agents contractuels pour des fonctions d’enseignement relevant du premier degré. Le chef d’établissement informe les parents de l’absence de l’enseignant, de sa durée prévisionnelle et des modalités de remplacement.

Des «millions» d’heures de cours perdues

En cas d’impossibilité de remplacer un enseignant, et lorsque son absence est imprévisible (s’il est tombé malade, par exemple), l’enfant «bénéficie gratuitement d’un service d’accueil». «On peut comprendre qu’il y ait des difficultés à remplacer un prof du jour au lendemain, mais ce qu’on ne comprend pas, c’est le manque d’anticipation lorsque l’absence est prévisible», dans le cas de formations ou de congés maternité, explique Katalin Lhomme.

S’il est difficile de quantifier le nombre d’heures perdues à cause d’absences d’enseignants non remplacés, le gouvernement cite régulièrement l’estimation de «15 millions d’heures perdues». Mais ce chiffre, qui se rapporte à l’année scolaire 2020-2021 et n’a pas été actualisé depuis, doit être remis dans le contexte d’une période marquée par l’épidémie de Covid-19. La Cour des comptes, elle, a estimé dans un rapport de 2021 que dans le secondaire, près de 10% des heures de cours avaient été perdues en 2018-2019, soit une hausse de 24% sur un an, en raison principalement des difficultés de remplacement des absences de courte durée (de moins de 15 jours). Elle estimait le coût de ce gâchis à 4 milliards d’euros, dont plus du tiers imputable au fonctionnement de notre système éducatif lui-même.

Moins d’absences dans le privé

Contrairement à certaines idées reçues, les professeurs ne se font pas davantage porter pâle que les autres. Ils sont même moins absents que les agents des fonctions publiques territoriales et hospitalières, d'après la Cour des comptes. Selon le panorama statistique des personnels de l’enseignement scolaire de 2022-2023, publié par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, il existe une différence entre les enseignants du privé et ceux du public. Sur l’année scolaire 2021-2022, 52% des enseignants du public ont pris au moins un congé pour des raisons de santé, contre 45% dans le privé sous contrat. Pour ce qui est de la durée annuelle moyenne des congés pour raison de santé, elle est de 18,9 jours pour les enseignants du public, contre 15,2 jours dans le privé. Dans son rapport de 2021, la Cour des comptes ajoutait que les enseignants exerçant dans le réseau d’éducation prioritaire «prennent plus de congés pour raison de santé». Ils sont en moyenne absents 1,2 jour de plus par an. Or, seul l’enseignement public est concerné par l’éducation prioritaire.

En avril 2024, le tribunal de Cergy-Pontoise a reconnu la responsabilité de l’Etat pour les heures perdues par des élèves de l’académie de Versailles. Cette procédure s’inscrit dans le cadre de l’opération collective nationale #onveutdesprofs, qui a engagé en 2022 des poursuites contre l’Etat en divers endroits du pays pour obtenir qu’il assure l’organisation du service public en cas d’absences des professeurs. Selon des chiffres publiés début juillet par le ministère de l'Education, plus de 3 000 postes aux concours enseignants du public et du privé n'ont pas été pourvus en 2024, confirmant une crise persistante de recrutement qui suscite des inquiétudes pour la rentrée.