Coup gagnant pour la SNCF. Le groupe a dégagé un bénéfice de 950 millions d’euros au premier semestre 2025, soit six fois plus qu’à la même période l’an dernier. La hausse du trafic ferroviaire et l’augmentation des tarifs de péage ont largement contribué à cette performance. Toutefois, le chiffre d’affaires n’a progressé que de 0,6 milliard d’euros, atteignant 21,5 milliards d’euros, freiné par le recul du chiffre d'affaires de Keolis (-7,1%) et pénalisé par la perte du contrat d'exploitation du réseau de tramway de Melbourne (Australie).

Jean-Pierre Farandou, qui occupe pour quelques mois encore le poste de président et directeur général du groupe SNCF avant de quitter ses fonctions à l'automne, salue une performance «satisfaisante». «Ces résultats témoignent d’une amélioration de la compétitivité de notre groupe et du respect des engagements pris vis-à-vis de l’Etat», a-t-il détaillé dans un communiqué paru le 24 juillet, juste après la présentation des résultats semestriels de la SNCF. «Le groupe réaffirme ainsi sa place de leader international des mobilités», ajoute le président de la SNCF.

La hausse des redevances de péage, une stratégie gagnante pour la SNCF

Le bond en avant des bénéfices s’explique par la performance de SNCF Réseau, «le pivot du système» qui améliore son chiffre d'affaires de 4,1% entre le premier semestre de 2024 et celui de 2025 pour atteindre 4,1 milliards d’euros. Sa marge a également progressé de 300 millions d’euros.

Cela est notamment dû à l'augmentation des redevances de péage, justifie le groupe. Déjà très élevés en France en comparaison à ceux pratiqués par ses voisins européens, les tarifs ont progressé de 2,5% pour les trains à grande vitesse et le fret (transport de marchandises), et de 6% pour le transport conventionné (TER et trains Intercités).

En France, SNCF Réseau gère les péages ferroviaires. Les opérateurs qui empruntent les rails hexagonaux comme l’Italien Trenitalia, l’Espagnol Renfe mais aussi la SNCF, versent des droits de passages au groupe public. Les frais de péage peuvent représenter jusqu’à 40% du prix du billet payé par les voyageurs, et servent à financer l’entretien du réseau par SNCF Réseau.

Les chiffres de SNCF Voyageurs bondissent, dopés par la hausse de la fréquentation des trains

Les résultats du groupe sont également liés à la croissance du chiffre d'affaires de la compagnie ferroviaire SNCF Voyageurs qui a progressé de 3,2% en un an pour atteindre 10,4 milliards d’euros. La SNCF parle de «niveaux historiques de fréquentation» en France et Europe avec plus de 81,2 millions de passagers transportés dans les TGV Inouï et les Ouigo, soit 1,7% de plus qu’au premier semestre 2024. La fréquentation a augmenté de 3,9% pour les TER, de 3,1% pour les Intercités et même de 6,5% pour les Transiliens, les trains circulant en région parisienne.

SNCF Voyageurs attend la livraison de TGV nouvelle génération par Alstom afin de répondre à l’explosion de la demande. «Ceci dit, il y a encore de la place disponible (...) dans le secteur du transport régional (TER et Transilien)», a relevé Laurent Trevisani, directeur général délégué chez SNCF. SNCF Voyageurs a remporté les trois appels d'offres en jeu au premier semestre sur le TER. Depuis le début du processus d'ouverture à la concurrence du transport régional, SNCF Voyageurs a remporté sept appels d'offres sur dix, soit 80% des trajets TER en jeu.

Le premier semestre 2025 a été plus compliqué pour d’autres entités de la SNCF comme le groupe de transport public Keolis dont le chiffre d'affaires a reculé. Le transporteur et logisticien Geodis a souffert de «la baisse de la production manufacturière en France, en Allemagne, en Italie et donc en Europe et aux Etats-Unis», a expliqué Laurent Trevisani. Son chiffre d'affaires s'est contracté de 1,4%. Dans le même temps, Rail Logistics Europe, qui regroupe les activités de fret ferroviaire de la SNCF, a mieux résisté avec un chiffre d'affaires stable (-0,2%). Ces bons résultats globaux permettent à la SNCF de maintenir des investissements importants, à 4,9 milliards d'euros au premier semestre (légèrement inférieur au premier semestre 2024 qui précédait les Jeux olympiques).

Laurent Trevisani en a d’ailleurs profité pour rappeler que la SNCF se réjouissait des conclusions tirées par le gouvernement mi-juillet à l’issue de la conférence sur le financement des infrastructures. Le groupe ferroviaire demandait un milliard d’euros supplémentaire pour l’entretien du réseau à partir de 2028 (soit 4,5 milliards par an). Les déclarations du gouvernement et notamment l’annonce d’une loi-cadre pour le financement des infrastructures «permettent à SNCF Réseau de mettre en branle la commande auprès des prestataires pour se mettre en situation (d’assurer les travaux nécessaires) à partir de 2028», a assuré Laurent Trevisani.