Il faut bien l'admettre : le paradoxe est assez stupéfiant. Alors que SNCF Voyageurs affiche des résultats plus que solides, portés par une fréquentation record des TGV et Intercités, l'entité a vu sa dette nette s’envoler, et pas qu'un peu. En 2024, son chiffre d’affaires a progressé de 6%, atteignant 20,2 milliards d’euros. Le bénéfice net, lui, s’élève à 765 millions d’euros, tandis que l’EBITDA (excédent brut d'exploitation avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) culmine à 2,45 milliards. Seulement voilà, d'après BFMTV qui a pu consulter les comptes détaillés, derrière ces chiffres positifs se cache une réalité financière bien plus contrastée.

La dette nette de SNCF Voyageurs est en effet passée de 200 millions d’euros en 2023 à 1,683 milliard en 2024. Soit une hausse de… 740%. Les raisons sont manifestement à chercher du côté de la mécanique financière interne du groupe. BFMTV explique que les bénéfices de SNCF Voyageurs ne restent pas dans ses caisses : ils sont reversés à la maison-mère, la SA SNCF, via un système de «fonds de concours» destiné à financer SNCF Réseau, gestionnaire des infrastructures. Cette année, pas moins de 2,75 milliards d’euros ont ainsi été remontés à la holding, dont 1,71 milliard versé au fonds de concours.

La direction de la SNCF évoque «une forme de réduction du capital»

Pour effectuer ces versements, SNCF Voyageurs a dû s’endetter massivement. Le document interne souligne d’ailleurs que l’impact du versement de dividendes est significatif et que le rebond de l’endettement net est marquant. Pour résumer de façon un peu plus claire une situation impliquant autant de chiffres derrière les virgules que d'acronymes dans les documents internes : pour soutenir les besoins d’investissement du réseau ferroviaire vieillissant, on puise dans les bénéfices… quitte à alourdir dangereusement la dette des filiales. Au total, SNCF Voyageurs représente à elle seule 80% des dividendes remontés au sein du groupe.

BFMTV a donné la parole à la direction de la SNCF. Cette dernière se justifie : «Quand les sociétés anonymes du groupe ont été créées en 2020, il fallait que chaque société ait un niveau d'endettement cohérent avec sa capacité de générer du cash. Or, en 2020 et 2021 c'est le confinement, Voyageurs est à l'arrêt, il n'y a pas de cash». Le groupe a donc «logé une dette faible qui correspond à cette non-activité». Mais à partir de 2023 et en 2024, «les TGV sont pleins, on repositionne donc la dette, c’est une forme de réduction du capital». Enfin, dernier argument avancé par la direction : «Ce qui compte, c'est le ratio dette sur EBITDA et il s'avère que, même en montant le niveau de la dette, le ratio est bon».