
Ce mardi à la SNCF, c’est le terminus pour les négociations annuelles obligatoires (NAO). Et cette année encore, les cheminots vont repartir avec une bonne nouvelle : les salaires vont connaître une nouvelle hausse en 2026. Alors que la direction vient enfin d’être renouvelée après un intérim XXL assuré par le P.-D.G. sortant, Jean-Pierre Farandou, son successeur, Jean Castex, a décidé de rester sur les rails du dialogue social instauré par son prédécesseur. Avec un leitmotiv : prendre le temps de discuter, négocier à froid et donner du grain à moudre financier aux syndicats. Une recette qui semble fonctionner puisque comme s’en félicitait encore la direction à la sortie des fêtes de fin d’année, «nous n’avons pas connu de grèves pendant les vacances de Noël (...), nous constatons une baisse de la conflictualité», indiquait même un des dirigeants de la SNCF lors d’une réunion avec la presse.
Des hausses de salaires, deux fois plus que l'inflation
Il faut dire que pour faire baisser la pression sur cette période sensible de l’année, la direction des ressources humaines de la SNCF a décidé depuis quelques années de décaler ses NAO au mois de janvier plutôt qu’à l’automne, comme c’était la coutume au siège à Saint-Denis (93). Le groupe avait aussi eu la bonne idée de verser une prime de partage de la valeur de 400 euros à tous les 140 000 cheminots de la maison ferrée, histoire d’étouffer toutes velléités conflictuelles.
Cela n’a pas empêché deux syndicats, Sud Rail et la CGT, de déposer un préavis de grève pour ce mardi 13 janvier (peu suivi, la circulation étant quasi normale), histoire de mettre la pression sur le dernier round de négociations salariales qui se tenait aujourd’hui. Car après des hausses de salaires successives, et très significatives, soit + 16,4 % en cumulé sur les 3 dernières années alors que l’inflation sur la même période n’était «que» de + 8,1 %, voilà que les syndicats les plus revendicatifs tractaient la semaine dernière pour réclamer 12 % d’augmentation en 2026 ! Ouverte au dialogue mais pas au point de céder à tout, la direction de la SNCF a proposé aux organisations syndicales une hausse de l’ordre de 2,57 % en moyenne pour tous les cheminots, en ayant en tête de maintenir l’effort sur les plus bas salaires de l’entreprise publique. La SNCF a ainsi acté que l’ensemble de ses cheminots «ne pourront pas être payés moins que le Smic + 10 %», soit 1 594 euros net.
Si la SNCF est aussi généreuse avec ses salariés, c’est déjà qu’elle enregistre d’excellents résultats financiers depuis la sortie du Covid. En attendant la publication de son bilan pour l’année 2025 qui devrait afficher autour de 2 milliards d’euros de bénéfices selon les dernières tendances internes, sur les 3 derniers exercices, elle a dégagé un bénéfice cumulé de 5 milliards d’euros, grâce notamment aux bonnes performances de SNCF Voyageurs, la maison mère des TGV, qui attend toujours d’être livrée par Alstom de ses nouvelles rames plus capacitaires. Naturellement, elle reverse ainsi une petite partie de ses gains à ses troupes, sans oublier de flécher le gros de l’enveloppe de ses dividendes au fonds de concours du groupe (1,7 milliard d’euros rien qu’en 2024) qui participe à financer les nombreux travaux et la régénération du réseau.
Faire face à la concurrence
Seulement, si la SNCF cajole autant ses cheminots, c’est que l’entreprise publique est entrée de plain-pied dans le monde de la concurrence. En région, le groupe vit au rythme des appels d’offres qui détricotent petit à petit son monopole. Marseille, Nice, Amiens, Caen… les premiers cheminots devant quitter la SNCF pour continuer l’aventure avec de nouveaux opérateurs (Transdev, RATP Dev…) commencent à préparer leur sac et à changer d’uniforme. Mais plus largement, avec l’émergence des Trenitalia, Renfe et bientôt Velvet sur la grande vitesse, ce sont plein de métiers qui sont concernés par de possibles transferts. À commencer par la maintenance, «où nos agents peuvent aussi être tentés par le secteur aéronautique», souligne la direction de la SNCF qui craint de se retrouver à court de main-d’œuvre.
Depuis la réforme ferroviaire de 2020, elle ne recrute déjà plus au statut cheminot qui garantissait l’emploi à vie. Elle embauche désormais des salariés (conducteurs, agent de maîtrise, contrôleurs, cadres) sous statut de droit privé. Et la balance entre les anciens et les nouveaux contrats est en train de s’équilibrer. «Sur les 140 000 cheminots, nous sommes aujourd’hui à environ 1/3 de nouveaux contrats. Ils devraient être à 50 % d’ici la fin de la décennie», poursuit un cadre dirigeant de l’entreprise. Pour rester attractive dans cette période de transition, la SNCF mise donc sur sa bonne image, y compris salariale. Et ça semble marcher. Alors qu’elle s’apprête à recruter encore 6 000 personnes en 2026 pour ses différentes filiales (Holding, Voyageurs, Réseau...), soit le plus grand volume du marché français, la direction de la SNCF se félicitait encore début janvier d’avoir reçu un nombre record de candidatures l’année dernière : 450 000 CV déposés, rien que ça !



















