« Je vous présente mes derniers comptes et la formule qui résume bien les choses c’est que le groupe SNCF a enclenché le cercle vertueux de la croissance rentable ». Ce jeudi, Jean-Pierre Farandou détaillait les résultats financiers pour l’année 2024, lui qui, en mai prochain, doit passer la main au sein de la grande maison ferroviaire (290 000 salariés) à un successeur encore non identifié par l’Élysée. L’heure du bilan en quelque sorte après ces cinq années de mandat, percutées par la crise du Covid et la guerre en Ukraine qui ont pesé sur les comptes du groupe et de ses clients.

À son arrivée en 2019, la SNCF était lestée d’une dette abyssale et devait se préparer à affronter l’arrivée de la concurrence sur le réseau à grande vitesse et dans les territoires. Avec en toile de fond, la nécessité de dégager des bénéfices (1,6 milliard d'euros en 2024, 1,3 milliard en 2023...) pour réinjecter tout cet argent frais dans la régénération du réseau ferré, l’un des plus dense mais aussi l’un des plus vieux d’Europe. Depuis l’application de la réforme ferroviaire de 2018 qui a mis fin au recrutement au statut des cheminots en échange d’une reprise de la dette de 35 milliards d’euros, la SNCF s’est donc engagée dans une stratégie d’amélioration de ses indicateurs financiers, à commencer par sa marge.

Toujours plus de TGV Inoui transformés en Ouigo

« Pour la quatrième année consécutive, la SNCF est bénéficiaire (…) Entre 2019 et 2024, nous avons transporté près de 15% de voyageurs en plus dans les TGV et plus de 30% dans les TER. Nous avons vraiment fait en sorte que TGV rapporte le maximum de chiffre d’affaires pour augmenter notre marge », a détaillé Jean-Pierre Farandou face à la presse réunie au siège de l’entreprise publique à Saint-Denis.

Sur les 43,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé par le groupe en 2024, près de la moitié provient de SNCF Voyageurs (20,2 milliards d’euros), la branche qui opère les 15 000 trains qui circulent chaque jour dans l’hexagone. SNCF Voyageurs a ainsi enregistré une hausse de 1,1 milliard d’euros de son chiffre d’affaires, alors que sur la grande vitesse, l’entreprise est toujours limitée par son nombre de TGV (un peu moins de 400) puisque le groupe attend désespérément d’être livré de ses 115 TGV-M nouvelle génération commandés à Alstom, dont les premiers tours de roues avec les clients ne sont pas espérés avant 2026 dorénavant.

« Notre parc TGV est limité c’est pourquoi nous avons transformé plus de TGV Inoui en Ouigo afin d’augmenter l’offre de sièges. Ces rames font davantage de kilomètres ce qui fait que nous avons pu offrir 10% de places en plus en 2024 avec le même nombre de rames, poursuit le PDG de la SNCF qui prévient qu’à l’avenir, Ouigo va continuer à monter en puissance. Quand nous aurons les rames nouvelles, nous passerons la part de Ouigo de ¼ de l’offre actuelle à 1/3. C’est aussi cela qui permettra une orientation vers des prix modérés ».

"Entre 2019 et 2024, les prix n’ont augmenté que de 8%"

Car oui, que serait un bilan de la SNCF sans ses traditionnelles questions/réponses sur les prix. En fan de rugby, Jean-Pierre Farandou manie d’ailleurs toujours aussi bien l’art du cadrage débordement. « La querelle sur les prix, on la connaît. Entre 2019 et 2024, les prix n’ont augmenté que de + 8%, c’est deux fois moins que l’inflation. Je peux même vous dire que fin 2024, alors que certains trains avaient du mal à se remplir, nous avons fait jouer le yield management (tarification dynamique en fonction de la demande, N.D.L.R.) à la baisse. Ça faisait longtemps que cela n’était pas arrivé », a tenté de déminer le PDG, alors les billets sont toujours autant pris d’assaut lors de l’ouverture des ventes chaque trimestre pour des voyages le suivant.

Une distribution au compte-goutte qui accentue d’ailleurs les effets du yield management et renforce le sentiment de frustration des voyageurs quand ces derniers se ruent en masse sur SNCF Connect pour acheter leurs billets pour les vacances ou les week-ends prolongés

Relancé sur l’avenir de la carte Avantages (-30% sur les trajets et des prix bloqués) dont il fut l’un des principaux instigateurs dès sa prise de poste, Jean-Pierre Farandou a rappelé qu’il y avait à date « environ 5 millions de détenteurs, plus leur famille, qui peuvent en bénéficier ». Et si les prix plafonnés qui y sont associés en fonction des temps de parcours ont pu augmenter quelque peu ces derniers mois, le PDG a rappelé que « le principe du plafond était consubstantiel à la carte », histoire de couper court aux rumeurs (internes) qui avançaient ces derniers temps la possibilité d’un déplafonnement dans les mois à venir.