
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Chaque matin vous prenez peut-être les transports en commun pour aller au travail. Eh bien, sachez que leur gestion diffère selon les endroits. En Ile-de-France, la région est responsable de tous les modes de transport sur son territoire et confie leur exploitation à des entreprises (RATP, SNCF, Transdev, Keolis…). Ailleurs, les régions ne supervisent que les transports en train (TER) et en car entre les villes. Et ce sont les agglomérations ou les communautés de communes qui sont compétentes pour le transport urbain (bus, tramways, métros) et font appel à des sociétés chargées du service.
Seul point commun à cette mosaïque ? Nulle part, les voyageurs ne paient le coût réel de leurs déplacements ! «Ils ne financent en moyenne que 28% de leurs trajets», explique l'expert en mobilités Jean Coldefy. Le reste provient essentiellement, pour les transports urbains, d'un impôt payé par les entreprises et calculé sur leur masse salariale. Baptisé «versement mobilité», il vise toutes les sociétés de plus de 10 salariés dans les agglomérations concernées. De son côté, le financement des trains régionaux et des lignes de cars est équilibré grâce aux subventions publiques.
60 milliards d'euros d'investissements nécessaires pour les transports publics
Et encore, ne parle-t-on ici que des coûts d'exploitation et de maintenance. Pas des investissements ! Or, si l'on veut réduire nos émissions de CO2, il va falloir accroître la part des transports publics dans les déplacements du quotidien. En 2023, le Sénat évaluait à près de 60 milliards d'euros les sommes nécessaires d'ici 2030 pour acheter du matériel roulant, rénover les infrastructures existantes et en développer de nouvelles. Un casse-tête financier de plus pour les pouvoirs publics.
Depuis mai dernier, les professionnels du secteur planchent justement sur le sujet et doivent remettre un rapport ce mois-ci. La hausse du prix des tickets et des abonnements sera forcément évoquée. «Il paraît compliqué de demander encore un effort aux entreprises, déjà lourdement taxées, ce qui pèse sur le coût du travail et nuit à leur productivité, estime Jean Coldefy. D'autant qu'elles doivent aussi rembourser 50% des abonnements de leurs salariés.» Or, dans bien des pays, les usagers paient une part bien supérieure, voire la totalité de leurs déplacements comme au Japon ou à … Bogota (Colombie) !
Des pistes pour moduler la tarification des transports
Par ailleurs, les enquêtes le montrent, le prix n'est pas le premier frein qui dissuade de recourir aux transports en commun mais l'offre insuffisante à laquelle s'ajoutent les contraintes et le rallongement des trajets. «Même dans les villes où la gratuité des transports a été instaurée, il n'y a pas moins de voitures, souligne l'économiste Stéphanie Lopes d'Azevedo. Le surplus de voyageurs vient de personnes qui, avant, faisaient du vélo ou marchaient sur de courtes distances.»
Bien sûr, les tarifications sociales imposées par la loi pour protéger les plus fragiles ne peuvent être remises en cause. Mais au lieu, par exemple, de cibler des catégories comme les seniors, sans doute pourrait-on ne privilégier que ceux ayant des revenus modestes. De même, un cadre au chômage n'a pas les mêmes revenus qu'un employé. Autre piste : les tarifications à la distance qui n'existent plus en France pourraient être rétablies. «Il n'est pas cohérent économiquement de payer la même somme pour faire 2 ou 20 kilomètres», pointe Stéphanie Lopes d'Azevedo. Mais, à un an des municipales, quel édile local osera proposer ce type de solutions ?
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