Au Grand Hôpital de l'Est Francilien (GHEF), des dizaines de médecins étrangers traversent un cauchemar administratif. Ces praticiens, pour la plupart originaires d’Afrique du Nord, ont récemment été sommés par la direction de l’hôpital de rembourser des primes versées au cours des deux dernières années, selon FranceInfo. Des primes qui s’élèvent jusqu’à 100.000 euros. Pourtant, ces bonus figuraient noir sur blanc dans leurs contrats.

Dans cet établissement hospitalier, une jeune médecin marocaine de vingt-neuf ans, arrivée en France en 2022, pensait avoir trouvé une stabilité professionnelle. Son salaire mensuel atteignait 4 000 euros nets, dont près de 2 800 euros de primes. Mais début 2025, tout s’effondre : «Je suis navrée de vous dire que vous êtes amenée à rembourser cette somme», lui indique une lettre remise en main propre par le DRH. Résultat : un revenu divisé par deux, des semaines de 70 heures et une détresse de plus en plus grande.

Une remise en cause brutale

Selon la direction, ces primes, même si non conformes aux règlements, étaient souvent le seul levier pour attirer des médecins dans des zones en tension. Le GHEF, deuxième plus grand établissement hospitalier d’Île-de-France, s'appuie largement sur ces praticiens contractuels. «La majorité de mes collègues ont posé des arrêts de travail, beaucoup sont en dépression», témoigne la jeune médecin, qui enchaîne les gardes pour tenter de stabiliser ses revenus désormais.

Delphine Krich, avocate qui défend sept médecins dans cette affaire, dénonce une méthode «d’une brutalité inouïe». Pour elle, ce retrait des primes est l’un des symptômes d’un système à bout de souffle: «L’hôpital public fonctionne grâce à ces médecins étrangers, dont le travail est invisibilisé. Et maintenant, on les maltraite.» Avec le soutien de la CGT, les soignants concernés par ces demandes de remboursement ont engagé un recours devant le tribunal administratif. De son côté, la direction du GHEF compte bien récupérer près de trois millions d’euros. Depuis cette décision, certains médecins confient ne plus sortir de l’hôpital, faute de moyens, et de force.