
Des prisons en préfabriqué. C’est la solution présentée par le ministère de la Justice pour venir à bout de la surpopulation carcérale. 3 000 places dans des structures modulaires, destinées aux détenus en semi-liberté ou condamnés à de courtes peines vont être prochainement construites a annoncé le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, lundi 14 avril. Un premier site de 50 places devrait bientôt voir le jour à Troyes, dans l’Aube.
«Ce sont de vraies prisons, mais construites dans des usines comme l’ont fait nos amis anglais, comme l’ont fait nos amis allemands, qui nous permettent de gagner énormément de temps mais aussi d’argent», a indiqué le ministre, qui s’est rendu en Grande-Bretagne et en Allemagne ces dernières semaines pour y visiter des prisons de ce type. Selon lui, créer ce type d’hébergements pénitenciers préfabriqués est «deux fois moins cher» que la création de place en prison classique : 200 000 euros contre 400 000 euros, a évalué le ministre de la Justice.
La surpopulation carcérale coûte «4 milliards d'euros» par an
La France enchaîne les records de surpopulation carcérale. Au 1er mars, 82 152 personnes étaient détenues dans les prisons françaises, pour un total de 62 539 places opérationnelles, selon le ministère de la Justice. Plus de 4 850 détenus dormaient sur un matelas à même le sol. Si la densité globale était de 131,7 % au 1er mars, elle s’est établie à 159,9 % en maison d’arrêt, où sont incarcérés les détenus en attente de jugement, donc présumés innocents, et ceux condamnés à de courtes peines.
La surpopulation dans les prisons françaises pèse sur la politique d'exécution des peines d’incarcération et coûte «environ 4 milliards d’euros» par an, indiquait la Cour des comptes dans un rapport paru en octobre 2023. «La France figure ainsi parmi les 10 pays européens où la population incarcérée progresse», peut-on lire dans le document. Selon le rapport, un détenu coûte en moyenne 105 euros par jour, qu’il s’agisse d’un milieu ouvert ou fermé. Quant au régime de la semi-liberté, son coût est de 50 euros en moyenne par jour.
Une réponse pénale à la délinquance qui s'est durcie
La suroccupation des établissements pénitentiaires s’explique d’abord par une «réponse pénale à la délinquance [qui] s’est durcie au cours des dernières années», précise la Cour des comptes. «Près de 90 000 années de prison ferme ont été prononcées en 2019 contre 54 000 environ en 2000», toujours selon l'institution supérieure de contrôle chargée de vérifier l'emploi des fonds publics et de sanctionner les manquements à leur bon usage.
En cause ? Une «répression accrue» des «violences intrafamiliales», des «délits routiers» et des «violences envers les forces de l’ordre». «L’augmentation du recours aux comparutions immédiates et le maintien, à un niveau élevé, du taux de détention provisoire», participent aussi à l'augmentation de la population carcérale. Par ailleurs, les alternatives à l’emprisonnement que sont le bracelet électronique et les travaux d’intérêt général n’ont qu’un «effet limité» et ont «augmenté de façon parallèle» à l’incarcération.
Le problème persiste malgré la «construction de nouveaux établissements pénitentiaires», la mise en place de «la nouvelle politique des peines pour réduire les courtes peines de prison» ou encore le déploiement de dispositifs de «régulation carcérale». Au-delà du coût qu’il représente, le fonctionnement du système carcéral «n’est pas satisfaisant au regard d’un objectif ambitieux de prévention de la récidive», indique le rapport de la Cour des comptes.



















