
Dans ce Monoprix de Tours, c’est un passage obligé. Têtes penchées, silhouettes courbées, les clients sont nombreux à s’arrêter au bac anti-gaspillage qui trône à l’entrée du magasin et accueille des articles proches de leur date de péremption à prix réduits. En ce lendemain du week-end de Pâques, mozzarellas, yaourts et salades prêtes à manger sont proposées à - 30%. «L’offre est évidemment variable selon les moments», précise une employée en train de réapprovisionner l’îlot réfrigéré. Mais l’intérêt du chaland, lui, ne se dément pas.
Allier bonne conscience et bonnes affaires ? N’intéressant autrefois que les acheteurs militants ou contraints financièrement, les produits alimentaires un peu vieux, abîmés ou à l’aspect peu engageants sont aujourd’hui de plus en plus prisés. L’offre ne manque pas. Depuis 2020, la loi Agec (anti-gaspillage économie circulaire) interdit aux distributeurs, industriels et opérateurs de la restauration collective de détruire les aliments propres à la consommation et les oblige à les revaloriser. «En 2024, ce marché a enregistré une croissance de 4% avec un CA global estimé de 520 millions d’euros», note Benoît Samarcq, consultant du cabinet Xerfi et auteur d’une étude approfondie sur le sujet.
Des commerces spécialisés dans l’anti-gaspi
Le leader du segment ne dispose pas de magasins. Lancée en 2016, l’application To Good to Go, qui permet d’acheter des paniers de produits frais et colis de produits secs, est passée en moins de trois ans de «11,5 millions à plus de 20 millions d'utilisateurs en 2025» en France, annonce Clémentine Lindon, sa porte-parole. Ce succès doit beaucoup à l’inflation qui a touché l’Europe suite au conflit en Ukraine. «Mais il y a une réelle dynamique tant du côté des consommateurs, chez les jeunes, dans les familles nombreuses ou chez les personnes âgées avec une petite retraite, que du côté des commerçants ayant compris l’intérêt financier de s’y mettre», explique cette responsable de l’appli, qui évoque une économie de 870 euros en moyenne à l’année pour l’achat d’un panier par semaine.
Le succès de l’anti-gaspi est aussi vérifiable dans l’apparition plus récente de commerces spécialisés, dont beaucoup ne sont encore que des boutiques isolées. Avec 28 points de vente et 220 000 clients dotés d’une carte de fidélité, Nous Anti-Gaspi s’affiche comme l’un des rares réseaux un peu structurés. Face à des concurrents comme Primaprix ou Charly’s Market, l’enseigne, qui espère atteindre la centaine de magasins dans les trois ans, cherche à se développer «dans les centres-villes pour créer un maillage de proximité», explique le directeur marketing, Patrick Fedullo. Nous Anti-Gaspi veut aussi réussir à fidéliser sa clientèle en démontrant qu’à l’instar des acteurs classiques de la distribution, il est possible de réaliser un plein de courses dans ses points de ventes. «Nous sommes capables de répondre aux besoins d’un panier complet aussi bien sur le frais que sur le sec et notre marque distributeur compte déjà plus de cent références.» La course à l’anti-gaspi ne fait que commencer.
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