
Allez-vous boycotter Starlink à cause des déclarations politiques d’Elon Musk ? C’est la question que nous vous avions posée dans un précédent appel à témoignages. En effet, depuis son engagement aux côtés du président américain Donald Trump, le patron de Tesla et SpaceX fait fuir de nombreux consommateurs. Même s’il n’est pas toujours facile, pour eux, d’aligner leurs achats sur leurs convictions. C’est vrai pour certains clients de Tesla qui ne savent plus quoi faire de leur voiture électrique. Mais de multiples utilisateurs de Starlink nous ont aussi parlé du dilemme dans lequel ils se trouvaient.
Rappelons la promesse de départ de Starlink : offrir des services de connexion internet sur toute la planète, même en zones blanches, grâce à une constellation de satellites en orbite terrestre. Autrement dit, s’attaquer à des marchés où il n’y a pas beaucoup d’offres concurrentes. Pour les consommateurs, cela veut dire qu’il n’est pas toujours facile de trouver une alternative aux services d’Elon Musk. Même si des acteurs européens tentent de bâtir leur propre constellation, à l’image d’Eutelsat avec OneWeb, et de la start-up toulousaine Kinéis.
L’arrivée de la fibre facilite le boycott de Starlink
Plusieurs témoins confirment ainsi qu’ils ont choisi Starlink faute d’autre solution performante. A l’image de Brice qui a déménagé à la campagne il y a deux ans et qui travaille dans la tech, comme son épouse : «Notre logement n'avait pas accès à la fibre et l'ADSL disponible ne permettait pas le télétravail. Pour un poste comme le nôtre qui demande beaucoup de réunions en visioconférence, Starlink était notre seule solution.» Étonnamment, d’autres usagers ont rencontré le même problème dans de grandes villes. «Alors que j'habite à Marseille dans une zone dense, notre cher opérateur historique a arrêté les travaux d'installation de la fibre. L'ADSL en bout de ligne asthmatique ou la 5G saturée du centre commercial voisin ne sont pas au niveau», déplore Julien, qui s’est donc tourné vers la constellation d’Elon Musk.
Néanmoins, le déploiement de la fibre optique change la donne. En se renseignant, Brice a découvert que la fibre était maintenant disponible dans sa campagne : «Nous avons la fibre depuis deux jours. J’ai pu résilier mon abonnement Starlink.» Pas de grosse difficulté pour les démarches : Starlink propose des forfaits sans engagement et il suffit de se connecter sur son espace client pour résilier le contrat. Pour les clients qui louent leur terminal de réception, qui se présente sous la forme d’une antenne, il faut tout de même restituer le matériel sous 30 jours, sans quoi Starlink facture l’intégralité de son prix. «Le plus dur est maintenant d'aller enlever l'antenne du toit !», confie Brice. «Il y a un remboursement de 120 euros si le matériel est renvoyé en état ! Retour gratuit par La Poste, j'ai été remboursé et vraiment libéré», se félicite François, un autre ex-client.
Sans surprise, les clients qui tournent le dos à Starlink invoquent les dérapages d’Elon Musk. Yohann, détenteur de deux abonnements, veut résilier dès que possible. «Je ne supporte plus Elon Musk. Son arrogance, son masculinisme ridicule, sa promotion des idées les plus abjectes, ses actions au DOGE (le nouveau ministère américain dédié à la réduction des dépenses publiques, ndlr.)...», liste en vrac l’utilisateur qui ne veut «plus donner un euro à cet homme». «Elon Musk ne va sûrement pas sentir passer la perte de nos 50 euros par mois», reconnaît Brice, devant un milliardaire qui «paraît intouchable». «Mais avec un peu de chance, ceux qui en ont la possibilité vont faire de même. En s'ajoutant aux manifestations envers Tesla et la perte d'utilisateurs sur X, j'espère que cette accumulation va à un moment porter ses fruits», développe-t-il.
Ces clients qui restent fidèles à Starlink
D’autres clients se disent bloqués, faute d’avoir la fibre. «Cela fait quatre ans que je relance la mairie de Marseille, sans effet. Si les politiques pouvaient se saisir du problème au moins au titre de l'indépendance stratégique, une solution pourrait émerger», encourage Julien. Même parcours du combattant pour Thierry qui vit à la campagne. «Pour amener la fibre chez moi, il faudrait creuser une tranchée jusqu'à la route... Et elle est loin. Pas le choix, c’est Starlink ou quelques milliers d’euros pour amener la fibre», reconnaît-il, même s’il ne porte pas Elon Musk dans son cœur.
Quid du rival européen ? Kinéis vise plutôt une clientèle professionnelle et ses services n’ont pas encore été déployés. Quant à Eutelsat… «Leur service ne fonctionne pas en mouvement», répond Guy, qui utilise Starlink sur son camping-car, en évoquant également des prix beaucoup plus élevés chez Eutelsat, pour une moins bonne latence. «Le service d’Eutelsat est réservé aux professionnels», ajoute Thierry. Chez les professionnels justement, plusieurs témoins nous ont décrit la nature révolutionnaire de Starlink. Comme Alain, qui utilise le service sur la terre et sur la mer. «Même à la montagne, dans des environnements assez encaissés, le résultat est remarquable. Pour les bateaux, c’est un miracle qui peut remettre en question les coûteuses antennes satellites et TV», décrit le professionnel, spécialisé dans l’installation d’équipements audiovisuels.
Même constat pour Jérémi Beckouet, installé en Martinique et président de JB Voyage, une conciergerie et une agence de voyage : «Avant d’adopter Starlink, nous faisions face à des connexions lentes et instables», or «dans un secteur où la réactivité est essentielle, une mauvaise connexion peut coûter cher : retards dans la gestion des demandes, difficulté à mettre à jour les disponibilités des logements, ou encore impossibilité de répondre instantanément aux voyageurs.» Stéphane, qui travaille dans la cybersécurité, considère que le service de Starlink permet une connexion particulièrement sécurisée dans la mesure où le réseau s’appuie sur une constellation de satellites, plutôt que sur des infrastructures terrestres : «Il n'existe à ce jour pas de possibilité (à un coût raisonnable) d'intercepter les flux entre mon antenne et les satellites Starlink.»
Entre fin 2023 et début 2025, le nombre de clients chez Starlink a doublé pour dépasser la barre des 5 millions. En parallèle, les fusées réutilisables de SpaceX continuent de grossir la constellation de satellites. La croissance a intérêt à se poursuivre pour Elon Musk. Car le milliardaire compte aussi sur les revenus de Starlink pour financer son rêve interplanétaire : coloniser la planète Mars.



















