
Dans les chais du Domaine JP Rivière, à Lachasanne, le changement ne saute pas immédiatement aux yeux. Et pourtant, il pèse lourd… ou plutôt beaucoup moins. L’année dernière, cette exploitation du Beaujolais a fait le choix de bouteilles allégées, passant de 600 grammes à 380 grammes pour ses vins tranquilles. Un virage stratégique qui répond à un constat implacable : «La bouteille représente à elle seule près de 50 % du bilan carbone d’un vin», explique Marine Rivière, vigneronne au domaine éponyme. Production du verre, énergie consommée, transport… le contenant concentre une grande partie de l’impact environnemental. Accompagné depuis 2018 par Terra Vitis, réseau de 2000 adhérents engagé pour une viticulture responsable, le domaine a dû dépasser un frein bien connu du secteur : l’association entre bouteille lourde et vin «premium». «Le poids de la bouteille, c’était l’éléphant dans la pièce», résume Nicolas Daspres, directeur technique chez Terra Vitis. Sur le plan technique, pourtant, rien ne change pour le vin. «Le contenu reste identique, la qualité aussi», insiste Marine Rivière. En revanche, les bénéfices sont multiples : baisse des émissions de CO₂, réduction des coûts logistiques, cartons plus légers… et même une amélioration des conditions de travail, avec moins de troubles musculosquelettiques pour les équipes.
Un triple avantage écologique, économique et sanitaire
Cette dynamique dépasse largement le cas d’un seul domaine. Terra Vitis a lancé un pacte d’allègement des bouteilles, inspiré des travaux du consortium international Sustainable Wine Roundtable (SWR). L’objectif est clair : faire passer le poids moyen des bouteilles sous la barre des 420 grammes d’ici fin 2026. «C’est l’élan collectif qui permet de transformer des initiatives isolées en changement durable», souligne le directeur technique de Terra Vitis.
À l’échelle des signataires, l’allègement des bouteilles permettrait d’économiser environ 115 000 tonnes d’équivalent CO₂ par an, soit la consommation énergétique annuelle d’une ville de près de 20 000 foyers. Un argument de plus en plus décisif sur les marchés export.
Vers des bouteilles de 300 g
Au Château de l’Éclair, également dans le Beaujolais - où les bouteilles sont passées de 420 à 395 grammes en trois ans - la vigneronne Fanny Courtial observe une adhésion croissante des clients, en France comme à l’étranger. «Une diminution de 100 grammes, c’est environ 44 grammes de CO₂ en moins par litre», rappelle-t-elle. Un critère scruté de près par des marchés exigeants comme le Canada ou le Japon, où les monopoles publics intègrent désormais le poids des bouteilles dans leurs appels d’offres.
Côtés industriels, les verriers accompagnent le mouvement. Verallia mise sur l’écoconception, le design et l’augmentation de l’incorporation de verre recyclé (calcin), avec de nouveaux modèles allégés, comme une bouteille Bourgogne à 300 grammes. Une évolution rendue possible par les progrès de la métallurgie du verre et le choix de couleurs facilitant le recyclage. Si la mobilisation collective se poursuit, la bouteille «bas carbone» pourrait rapidement devenir la norme plutôt que l’exception. Une transformation silencieuse, mais appelée à peser lourd dans l’avenir du vin.



















