Acheter une bouteille de champagne pour fêter une bonne nouvelle ? Vous êtes nombreux à ne même plus y penser. Depuis trois ans, c’est devenu un luxe qui pique. Le prix moyen s’envole de 5% chaque année, et certaines maisons -comme Terroirs et Vignerons de Champagne, connue pour les marques de champagne Nicolas Feuillatte, Castelnau, Abelé 1757 ou encore Henriot- sont allées jusqu’à des hausses de prix de 10% par an. Résultat ? Dénicher une bouteille à moins de 25 euros relève désormais du miracle.

Derrière cette flambée des prix, une double peine : la hausse des coûts des emballages, dont le verre, depuis le début du conflit entre la Russie et l’Ukraine mais surtout les conditions climatiques. Entre les périodes de sécheresse et les fortes pluies, les vignes trinquent. Bilan : la production totale de champagne en France a dégringolé de 320 à 270 millions de bouteilles entre 2023 et 2024. Une chute de 15% qui fait mal. «Au sein de notre maison, nous sommes passés d’une récolte de 10 000 kilos de raisin à l’hectare en 2023 à 8 600 kilos en 2024. Sur certaines zones du vignoble, notamment la Côte de Bar (Aube), on est tombé à 3 000 kilos, voire zéro», s’inquiète Christophe Juarez, directeur général de Terroirs et Vignerons de France, dont 70% des ventes de champagne du groupe sont réalisées dans les magasins de la grande distribution alimentaire. Quid de la vendange 2025 ? Pour le moment, personne n’ose se prononcer…

Les jeunes tournent le dos au champagne

Et comme souvent, quand les prix s’envolent, les clients s’évaporent. Sur les 300 millions de consommateurs de champagne dans le monde, le secteur à perdu 17 millions d'acheteurs en deux ans. «C'est très compliqué de reconquérir une clientèle perdue», ajoute Christophe Juarez. D’autant que le champagne peine à séduire les jeunes. «Le message véhiculé par les maisons de champagne est trop intimidant et laisse à penser que nous ne nous adressons qu’à des experts. Mais c’est une erreur !», ajoute-t-il. Résultat : les jeunes tournent le dos aux bulles françaises. L’élitisme a un prix… celui de l’oubli.

Paradoxalement, le groupe coopératif Terroirs et Vignerons de Champagne s’en sort plutôt bien. Pourquoi ? «Nous avons décidé d’opérer une montée en gamme», explique le directeur général. Et ça marche. La preuve ? L'activité du groupe augmente de 4% à 282,3 millions d’euros, quand le marché recule de 8%. Dans le détail, la marque Nicolas Feuillatte -leader en grande distribution- progresse de 5% à 167,5 millions d’euros, Castelnau de 3% à 10,1 millions d’euros, Abelé 1757 de 7% à 3,7 millions et Henriot, racheté en 2023, enregistre des ventes stables à 20,2 millions d’euros. En revanche, le résultat net est en chute de 15% à 7,8 millions d’euros. «Notre activité est en croissance (notamment avec les hausses de prix, ndlr) mais les frais financiers sont élevés et, comme nous avons beaucoup de stocks, la dette est conséquente (+30 millions en 2024 à 320 millions d’euros)», détaille Christophe Juarez, dont le groupe commercialise chaque année 18 millions de bouteilles de champagne.

Le prosecco se frotte les mains

Et pendant que les maisons de champagne font grise mine, les Italiens sabrent le Prosecco, dont les ventes en 2024 ont progressé de 7%. Leur recette ? Une bulle bon marché, dont les prix excèdent rarement les 10 euros la bouteille. À côté d’un champagne plus de deux fois plus cher, le choix est vite fait. Le roi des fêtes vacille… et les bulles transalpines montent sur le trône.