
Syndicats, patronat, associations, responsables publics qui parlent de la même voix pour produire plus et mieux en France, pour préserver notre souveraineté, nos emplois et le financement durable de notre modèle social. Cet exploit a été réussi par la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), à l’initiative de l’Alliance du Fabriqué en France.
Outre la CPME et l’Union des industries textiles (UIT), la nouvelle Task-Force de lobbying réunit ainsi autour de la table la CFTC, La CFE-CGC, Origine France Garantie, et l’inévitable Arnaud Montebourg. L’ancien ministre du redressement productif de François Hollande, porte-drapeau de la réindustrialisation, mettra ainsi à son service son épais carnet d’adresses.
78% de la commande publique échappent aux entreprises françaises
Car l’Alliance, vu sa feuille de route ambitieuse, a bien l’intention de pousser les portes des ministères pour parvenir à ses fins. Le chemin s’articule à court terme autour de trois chantiers bien fléchés. Il s’agit d’une part de mettre en place une commande publique «patriotique», d’autre part de rapprocher géographiquement les formations des usines, enfin d’affecter une partie de l’épargne salariale et des particuliers au développement des entreprises. «Sur un montant annuel d’achats publics de l’ordre de 171 milliards d’euros en 2024, seulement 22% a profité aux entreprises françaises, déplore Olivier Ducatillon, président de l’UIT.
J’en veux pour preuve l’appel d’offre pour le renouvellement des uniformes de la police et de la gendarmerie, lancé il y a deux ans. Il a certes été gagné par un consortium d’entreprises françaises mais dans la réalité, elles font fabriquer la grande majorité des pièces en Asie». Autre exemple criant, lors des derniers JO de Paris, seulement 20% du textile et des «goodies» a été produit dans l’Hexagone, au profit là encore de la Chine.
60 000 emplois industriels vacants
Pour mettre fin à ces anomalies, l’Alliance appelle à une application moins sourcilleuse de la loi européenne par les quelque 26 000 acheteurs publics français. Contrepartie de cet assouplissement, la diminution de leur responsabilité pénale, actuellement entière en cas d’entorse au droit européen. Un effort de formation et d’outillage des acheteurs publics devra conjointement être réalisé, via notamment des Job dating territoriaux acheteurs/ filières afin de sortir de la «maladie du moins-disant prix».
Afin de maintenir en France l’essentiel de la chaîne de valeur de la production, encore faut-il également que les sociétés puissent trouver sur place les compétences idoines. 60 000 emplois industriels restent non pourvus en 2025 ! «Dans la majorité des territoires, la carte des formations ne correspond pas aux besoins réels des entreprises, constate Olivier Lluansi, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) et membre fondateur de l’Alliance du Fabriqué en France. Nous commencerons donc dès ce semestre à lister, région par région, les écarts les écarts compétences/besoins, avec pour objectif de les réduire sensiblement dans un délai de deux à quatre ans».
La mobilisation d’une partie de l’épargne salariale (200 milliards d’euros en 2025) et des particuliers (6600 milliards d’euros) pour aider les entreprises françaises à investir constitue enfin une troisième piste d’action. Avec le lancement de deux fonds “Industrie France” d’ici l’été prochain, l’Alliance du Fabriqué en France veut du concret et non plus seulement se contenter de formuler des vœux pieux.



















