
Andrieu : ses extincteurs entretiennent la flamme du made in France
Ce sont les autres soldats du feu, à l’arrière du front. Dans l’usine d’Andrieu, à Méru (Oise), les techniciens manipulent le métal, la poudre et les cartouches de gaz, qui servent à lutter contre les flammes. Chaque jour, la centaine de salariés fabrique 2 500 extincteurs pour des professionnels de la sécurité incendie. Les appareils, vendus entre 120 et 150 euros, rejoignent ensuite des sites industriels, des hôpitaux, des écoles, des commerces… Sur les quelque 3 millions d’extincteurs installés en France, près d’un sur trois est produits par Andrieu.
La PME prévoit de réaliser 40 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en hausse de 5%. Pour conforter cette croissance, la société mentionne une statistique effrayante : près de 70% des entreprises touchées par un incendie disparaissent. Si un imprudent enfreint la réglementation en oubliant de s’équiper (l’extincteur est obligatoire dès 200 mètres carrés de plancher), il prend en effet le risque d’être lâché par son assureur… «Nos clients s’achètent une tranquillité. Nos extincteurs sont réputés pour leur robustesse et leur efficacité sur feu», assure la présidente de l’entreprise, Chrystelle Legrand.
>> Retrouvez en images la visite guidée de l'usine Andrieu.
Un extincteur de 100 litres
Dès son enfance, la dirigeante s’amusait à assembler des pulvérisateurs. Elle avait de qui tenir : au démarrage de la PME, son grand-père remplissait des réservoirs dans le garage de son pavillon. «Son activité a intéressé des assureurs qui avaient des difficultés avec des incendies non maîtrisés», retrace-t-elle. C’est son père qui a créé officiellement l’entreprise en 1983, avant qu’elle ne la rejoigne à la fin des années 1990, pour accompagner la croissance. Aujourd’hui, Andrieu produit aussi bien des petits appareils à glisser sous le siège d’une voiture que le Titan, un modèle de 100 litres monté sur roues. Sachant qu’un extincteur de 6 litres est capable de générer 100 litres de mousse, on imagine à quel point la pression met le métal à rude épreuve. Et implique donc une production rigoureuse.
Elle commence à l’atelier tôlerie, où des machines déroulent d’énormes bobines d’acier. Des «galets de profilage» y forment petit à petit un cylindre, qui sera soudé et découpé pour constituer le réservoir. Mais la robustesse s’impose aussi à l’étape de la peinture, d’un rouge éclatant. La surface du réservoir est peinte à l’extérieur comme à l’intérieur grâce au thermolaquage, un procédé qui permet aux extincteurs d’afficher une durée de vie de dix ans.
Ces appareils, parfois stockés à l’extérieur, se doivent en effet de résister aux éléments naturels, même en bord de mer. Il leur faut aussi tolérer les fortes variations de température, puisqu’ils servent dans les coups de chaud. «Des organismes extérieurs nous soumettent à une dizaine d’audits par an. En cas de non-conformité, la production peut être stoppée», assure Thierry Perrier-Ridet, le directeur de l’usine. Très stricte, la réglementation de la sécurité incendie présente un avantage : elle tient les concurrents étrangers à l’écart, même si le nombre d’industriels français a diminué dans le secteur. «Quand j’ai démarré le métier il y a vingt ans, on dénombrait une dizaine de fabricants en France. Maintenant, nous sommes quatre», chiffre Chrystelle Legrand.
Des innovations pour diversifier son offre
La PME projette toutefois d’augmenter ses volumes de 10 à 20%, pour passer de 600 000 à 700 000 unités par an. Le renouvellement du parc devrait en effet s’accélérer, sous l’impulsion d’une réglementation adoptée en octobre par l’Union européenne, qui entend bannir des extincteurs les PFAS, ces polluants éternels nocifs pour la santé. «A partir du 1er janvier 2031, en Europe, on n’est plus censés disposer d’extincteurs avec des agents fluorés», explique la dirigeante, qui se félicite d’avoir anticipé la réglementation.
Mais Andrieu innove aussi pour s’adapter à de nouveaux risques : en 2024, l’entreprise a lancé un extincteur conçu pour étouffer les feux de batteries lithium-ion, difficiles à éteindre. «Il a été pensé pour des feux de trottinettes et de vélos», précise-t-elle. Elle réfléchit également à des solutions pour les incendies de voitures électriques. «Sur les systèmes d’extinction automatiques, par exemple pour les feux de cuisine ou dans les parkings, il y a un potentiel énorme», ajoute Thierry Perrier-Ridet, tout feu tout flamme.
En chiffres
40 millions d’euros
C’est le chiffre d’affaires sur lequel table Andrieu en 2025, à 90% réalisé en France.
600 000
C’est le nombre d’extincteurs produits chaque année par Andrieu.
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