Vous avez tous deux, dans des disciplines très différentes, travaillé sur ce qu’est le luxe. Comment définiriez-vous ce qu’est un objet ou une expérience dits "luxueux" ou "luxueuse" ?

Marc Abélès : Le luxe est un phénomène universel. Depuis le paléolithique, il y a toujours eu des objets précieux, qui ne correspondent pas à un besoin immédiat, et donc qui concordent avec l’idée de "luxe", bijoux, lances, livres… L’objet précieux porte en lui une part d’immatériel, une dimension symbolique. Il y a des éléments qui contribuent à faire de cet objet un objet précieux. Cela peut être un certain rapport d’authenticité par rapport à un terroir, dans le cas du vin, par exemple. Ou bien d’autres éléments liés à l’image que produit l’objet, aujourd’hui, à travers la marque. Par exemple, pour certains, un très beau vêtement qui n’est pas estampillé marque de luxe est autre chose que du luxe.

Jean-Noël Kapferer : Pour moi, la croissance considérable du secteur économique du luxe a conduit à une indétermination du concept : plus les frontières s’étendent, plus le luxe va de la paire de lunettes à 350 euros au jet privé. Et pourtant, les deux s’appellent "luxe". Le luxe est ce qui est considéré comme symbole de la vie supérieure des élites. C’est une construction mentale qui a engendré un business considérable. C’est ce qu’on observe en Chine, pays qui tire le marché : les Chinois ont l’obligation nationale de réussir et chacun exhibe les signes de sa réussite, notamment via les vêtements de luxe. C’est la réussite au sens collectif, en dépassant les sociétés occidentales sur le terrain de la richesse.

Marc Abélès, de votre côté, vous décorrélez luxe et richesse, pourquoi ?

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