Yeux verts, peau claire, une très jeune fille esquisse un sourire, alors qu’elle tient un sexe masculin dans ses mains. Une autre, barrette rose dans les cheveux et pyjama enfantin, écarte ses jambes. Dans les séquences qui s’enchaînent sur chacune de ces deux vidéos, la violence du rapport sexuel effraie : ces mineures se font maltraiter à l’envi, pour se conformer aux fantasmes masculins les plus brutaux. Il ne nous a pourtant pas fallu beaucoup d’efforts pour dénicher ces films courts – moins de dix minutes chacun –, figurant sur les pages d’accueil de géants du genre, Pornhub et Xnxx. A elles seules, chacune de ces plateformes attire 160 millions de visiteurs quotidiens, pour un total supérieur à 4 milliards de connexions mensuelles. Sidérant, le niveau de trafic de ces «tubes» de vidéos – on en compte désormais des centaines sur le Web, gratuits et tout aussi trash – devance celui des champions reconnus du clic, comme Twitter, WhatsApp et même Amazon.

L'effet délétère des contenus X sur les enfants

Inutile de préciser que ce genre de contenus a un effet dévastateur sur les enfants, et notamment les très jeunes filles. «A un âge où elles sont en plein développement, elles envisagent la sexualité dégradée de ces vidéos comme un paradigme auquel se conformer si l’on veut être un “bon coup”», note Joseph Pesme, directeur général de l’association We Are Lovers, qui sensibilise les ados aux méfaits de la pornographie. Mais les jeunes garçons sont aussi très exposés. Le phénomène de dépendance à ces contenus, qui concerne en moyenne 6 à 10% des utilisateurs, les menacerait tout particulièrement. «A l’instar d’autres addictions, le visionnage de vidéos porno peut dérégler les circuits de la récompense et de la dopamine. Pour rester excités, certains utilisateurs ont besoin de consommer toujours davantage, 4 à 5 fois par jour, et de se diriger vers des contenus de plus en plus violents et illicites», poursuit Joseph Pesme.

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