Un potentiel et un marché énormes. Interrogé dans le cadre d'une conférence organisée par l'Association des journalistes de l'énergie (AJDE), la directrice générale de Veolia, Estelle Brachlianoff, a souligné que les énergies de récupération, produites notamment à partir de déchets, représentent en Europe un gisement d'énergie potentiel équivalent à l'ensemble du nucléaire dans le monde. Récupération de chaleur dans les réseaux d'eaux usées, incinération de déchets non recyclables, chaleur fatale des usines et des centres de données, biogaz à partir des boues de station d'épuration : potentiellement, «à l'échelle de l'Union européenne, c'est 400 gigawatts», soit «400 tranches (ou réacteurs, NDLR) nucléaires, donc c'est massif», a-t-elle déclaré.

Dans le monde, le nucléaire représente la troisième source de production d'électricité derrière l'hydraulique et le thermique à flamme. On dénombre 417 réacteurs dans le monde pour une puissance installée de 377 GW, selon EDF. «C'est en gros 30% de l'import de carburants fossiles européens qui pourraient être remplacés», en réutilisant cette chaleur, ces eaux usées et l'énergie issue de ces déchets non recyclables, a ajouté la patronne du géant des services à l'environnement.

Un potentiel de 400 gigawatts «atteignable»

Estelle Brachlianoff a rappelé avoir annoncé lors d'un déplacement en Pologne fin novembre, un projet visant à «éliminer totalement» d'ici 2030 le charbon du réseau de chauffage de Poznan, cinquième ville du pays. Ces «énergies locales» ou «de récupération» sont un des relais de croissance prioritaires identifiés par Veolia dans son plan stratégique, qui vise à développer des activités pour «verdir» le groupe et dégager une rentabilité plus importante que ses activités traditionnelles de gestion et l'eau et des déchets.

En France, «on a quelques réseaux de chauffage urbain» à partir d'énergie de récupération «qui existent dans des grandes villes, des villes moyennes, il y a un potentiel pour faire beaucoup plus», a estimé Estelle Brachlianoff. «Beaucoup de maires l'ont bien compris», a-t-elle assuré, avec comme révélateur, «la guerre en Ukraine», qui a mis en lumière la dépendance aux énergies fossiles importées, notamment de Russie.

Ce potentiel de 400 gigawatts est atteignable, «si on s'y met, dans les cinq ans qui viennent», a estimé Estelle Brachlianoff. Mais «si on attend juste tranquillement au rythme actuel, c'est 20 ans», a-t-elle conclu, appelant l'Europe à afficher «une volonté collective d'aller vite».