Les Jeux olympiques sont terminés et laisseront à notre pays un souvenir heureux, à tous égards. La qualité de l’organisation, les performances des champions français, la beauté des sites, et jusqu’à la propreté suffisante de la Seine pour qu’y aient lieu les épreuves de natation prévues. Leur succèdent les Jeux paralympiques à partir du 28 août. Pour cette édition plus encore que pour les précédentes, les autorités comme les médias se sont voulus inclusifs et il n’est pas question de donner le sentiment d’une hiérarchie entre les JO des athlètes valides et les JO des autres, différents par leur handicap.

On sait que la fréquentation des épreuves ou leur audimat sera sans commune mesure, et que le combat de la reconnaissance des sportifs handicapés sera long pour faire évoluer les mentalités. Car enfin, les grands rendez-vous ne sont-ils là que pour glorifier les chronomètres ou les compteurs de points? Non, ils sont là pour rendre hommage au courage, au mérite, et rapportés au corps de ces athlètes, à leur histoire souvent douloureuse, le courage et les mérites, y compris techniques, des sportifs paralympiques sont d’évidence plus estimables encore.

Les JOP doivent avoir une fonction : faire réaliser que notre société n’a pas le droit de négliger le handicap et de ne pas donner à celles et ceux qui en pâtissent toutes les chances de vivre les mêmes expériences que les personnes qui n’en sont pas atteintes. Il n’est que d’utiliser le métro à Paris, pour aller assister aux Jeux ou dans une autre intention, pour comprendre que les handicapés sont encore des laissés pour compte, et que les grandes protestations et les grands principes n’inspirent que peu les évolutions des infrastructures et du patrimoine.

15% des stations de métro accessibles aux PMR à Paris

Sur plus de 300 stations du métro de la capitale et de sa couronne, 15% seulement sont accessibles aux personnes à mobilité réduite, et encore cette statistique cache-t-elle une réalité encore moins reluisante… En fait, à l’exception de la récente -comparée aux autres- ligne 14, inaugurée en 1998, dont toutes les stations autorisent l’accès et l’usage du métro, les autres lignes comportent quelques stations équipées d’ascenseurs, mais les handicapés moteurs ne pourraient pénétrer dans les rames à cause de décalages de niveau avec le quai.

Le tramway, lui, est accessible, comme dans l’ensemble des villes de France qui en possèdent un. Pourquoi cette situation? Pour des raisons financières essentiellement, même si l’on pourrait toujours considérer cet investissement comme fondamental et le prioriser : depuis la loi du 11 février 2005 sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, 1,5 milliard d’euros de travaux ont été engagés dans le métro francilien. Il faudrait décupler au moins cette enveloppe pour que tout le réseau soit accessible, et encore ! Des embarras techniques inédits empêcheraient probablement d’aller au bout du chantier, dans un sous-sol complexe qui n’est pas malléable à l’infini.

On notera aussi que ladite loi ne donne aucune échéance pour parvenir au résultat voulu par le législateur, ce qui laisse plus encore de place à l’asthénie de l’action publique… La ville de Paris objecte ainsi que les bus sont une alternative efficace pour les personnes à mobilité réduite: ni leur fréquence ni la densité de leur réseau n’apportent de réponse satisfaisante. Le présupposé que les PMR ont le temps est simplement honteux et discriminatoire. Bref, alors que la population handicapée va augmenter dans les années qui viennent, il faudrait tout de même se préoccuper de fabriquer pour le futur une ville respectueuse de l’altérité physique.

Un manque d'information sur l'accessibilité des logements

Au demeurant, un premier pas consisterait dans la transparence de l’information sur l’accessibilité des infrastructures de transport urbain… Au moment où vont commencer les JOP, il est peu probable que les pouvoirs publics, fiers de l’irréprochable réussite de l’événement, insistent sur cette faiblesse, alors même que la cérémonie d’ouverture a présenté la France sous les traits du pays de la diversité intégrée. Ce constat de carence de l’information de notre pays envers les handicapés ne concerne malheureusement pas que les JO et les transports, à Paris ou ailleurs. Il touche plus largement le patrimoine bâti.

Est-il normal qu’une personne à mobilité réduite se rende dans un service public, le plus souvent à grands frais et à avec beaucoup de peine, pour découvrir qu’elle ne peut y accéder? Est-il admissible que la même personne qui cherche un logement à acheter ou à louer ne bénéficie d’aucune information dans les annonces sur l’accessibilité de l’immeuble collectif et de l’appartement convoité, ou de la maison souhaitée? Entre tous les diagnostics contribuant à la connaissance des biens, celui-là serait utile. Non seulement pour l’occupation du logement en question, mais plus largement pour savoir si des visiteurs handicapés, dans l’entourage amical ou familial de l’occupant, pourrait être accueillis.

Plutôt que d’attendre une mise aux normes d’accessibilité qui n’interviendra jamais de façon globale sur le patrimoine existant, mieux vaudrait d’urgence favoriser le vote d’une loi obligeant les administrations et les propriétaires vendeurs et bailleurs, ou leurs mandataires, à délivrer une information sincère sur l’accessibilité de leurs locaux. Ces acteurs pourraient même librement s’engager à la transparence sans y être contraints par un texte légal: on parle là d’approche civique et généreuse au sens propre du terme, et elle peut bien se passer de droit. S’agissant des agents immobiliers et des administrateurs de biens, le premier qui par convention enrichira ses annonces de la mention de l’accessibilité ou de la non accessibilité entraînera les autres par son exemplarité. Ce serait d’autant plus efficace si c’était une enseigne leader. En tout cas, si les JOP menaient à une prise de conscience plus aiguë de la condition des handicapés dans leur vie quotidienne, ils auraient une efficacité politique déterminante.