C'est l'une des principales réticences des épargnants quand on leur parle du Plan Épargne Retraite : le fait de ne plus pouvoir disposer de son capital le temps de terminer sa vie professionnelle, même en cas de besoin. Avec 150,4 milliards d'euros d'encours et 12,9 millions de titulaires fin 2025, le PER est pourtant le produit d'épargne longue qui progresse le plus en France. Mais l'idée que les fonds restent totalement bloqués pendant 20, 30 ou 40 ans freine encore certains actifs, qui préfèrent l'assurance-vie par exemple, pour sa liquidité.

Pourtant, cette idée reçue est fausse : si l'argent placé sur un PER est en effet bloqué par défaut jusqu'à la liquidation des droits à la retraite, la loi PACTE de 2019 a prévu dans son article L224-4 du Code monétaire et financier six situations dans lesquelles un déblocage anticipé est possible. Cinq concernent ce que les assureurs appellent les « accidents de la vie » peu souhaitables, comme une invalidité, la mort de son partenaire de vie… Mais il y en a une sixième qui, elle, est particulièrement intéressante et peut même être anticipée.

Utiliser son PER pour acquérir sa résidence principale

« Le cas de déblocage qu'on voit le plus, en pratique, c'est celui pour l'achat de sa résidence principale », nous informe ainsi Benjamin Pedrini, cofondateur et directeur général d'Epsor. « Car cet achat est aussi un élément qui contribue à la préparation de la retraite, souligne l'expert. Prévoir sa retraite, ce n'est pas seulement prévoir des sources de revenus additionnels, c'est aussi atténuer les charges qui pèsent sur son foyer. Le fait d'être propriétaire de sa résidence principale en fait partie. »

Attention néanmoins, il faut tenir compte de la fiscalité dans ce cas. « Le déblocage pour résidence principale est fiscalisé selon les règles classiques du PER. Il va donc dépendre de l'origine des flux », explique Benjamin Pedrini. Concrètement, si les versements ont été déduits à l'entrée (le cas le plus courant), la part correspondante du retrait est réintégrée dans le revenu imposable et taxée selon votre tranche marginale d'imposition (TMI).

Les plus-values, elles, sont taxées au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d'impôt sur le revenu plus 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le 1er janvier 2026). Il faut donc tenir compte de ces taxes à payer, qui peuvent réduire le capital disponible noter aussi : ce motif de sortie anticipée ne s'applique pas aux PER d'entreprise obligatoires (PERO), pour lesquels seuls les accidents de la vie permettent un déblocage anticipé.

Les autres cas de déblocage anticipé

En dehors de l'achat de sa résidence principale, les autres situations qui permettent de débloquer son PER sont : l'invalidité de 2e ou 3e catégorie du titulaire, de son conjoint, partenaire de PACS ou enfants ; le décès du conjoint ou partenaire de PACS ; l'expiration des droits aux allocations chômage ; le surendettement reconnu par la commission compétente ; et la cessation d'activité non salariée à la suite d'une liquidation judiciaire.

En dehors de ces cas, impossible de toucher à son épargne avant la retraite. En cas de déblocage pour accident de la vie, la fiscalité est plus douce : le capital est exonéré d'impôt sur le revenu, peu importe la déduction à l'entrée ou pas, et les plus-values sont exonérées de prélèvements sociaux. Le but est de ne pas pénaliser davantage des épargnants déjà confrontés à une difficulté majeure.