Rentrée mouvementée en Martinique. L’île des Caraïbes est confrontée à un mouvement de colère contre la vie chère depuis le début de ce mois de septembre. Les manifestations, accompagnées de violences, se sont multipliées ces derniers jours, poussant les autorités à décréter un couvre-feu dans certains quartiers. Les habitants dénoncent notamment l’une des plus anciennes taxes douanières du système fiscal français, appelée «l'octroi de mer».

Créée en 1670 en Martinique, cette taxe est d'abord nommée «droit des poids». Si à l’origine, elle devait être temporaire, elle a finalement été pérennisée par Colbert, contrôleur général des finances de Louis XIV, comme le rappelle franceinfo. Aujourd’hui, l'«octroi de mer» s'applique ainsi aux importations en Guadeloupe, Guyane, Martinique, Mayotte et à La Réunion. Cette taxe vise de très nombreux produits, avec un taux variable. La majorité des biscuits sont, par exemple, taxés à hauteur de 15% s'ils sont importés, contre 2,5% s'ils sont fabriqués en Martinique.

Des milliers de produits de première nécessité exonérés

Cette taxe «sert théoriquement à protéger la production locale pour autonomiser ces territoires, et surtout à financer les collectivités locales», explique à l'AFP Frédéric Ducarme, secrétaire général de la chaire Outre-mer de Sciences Po. «Elle représente surtout près d'un tiers des ressources des communes», soulignait Pierre Moscovici, le patron de la Cour des comptes, en mars dernier, qui évoquait également une fiscalité «à bout de souffle».

En réponse à ce large mouvement de colère, la collectivité territoriale de Martinique (CTM) a annoncé, mercredi 26 septembre, qu’elle allait supprimer cette taxe sur les biens importés pour des milliers de produits de première nécessité. «Un dispositif exceptionnel visant à supprimer les taux d'octroi de mer (...) sur 54 familles de produits essentiels, représentant plus de 5 900 articles de première nécessité (pâtes, conserves, couches, etc.), sera proposé à l'Assemblée de Martinique lors de sa session des 3 et 4 octobre 2024», a annoncé la CTM dans un communiqué.

Selon la même source, ce dispositif prévu pour une période de 36 mois représente «un effort fiscal annuel de 5,98 millions d'euros pour les collectivités», qui sera compensé par «une taxation accrue de produits dits premium», tels que les voitures diesel de forte cylindrée ou les appareils électroniques.