Les sciences humaines s’y cassent les dents : dresser le portrait de l’entrepreneur qui cartonne est impossible. Depuis l’après-guerre, plusieurs écoles y ont travaillé (l’approche par les traits de personnalité, le comportementalisme, la psychométrie…), énumérant des qualités parfois évidentes – ambition, persévérance –, mais aussi contradictoires : à l’écoute et sensible, tout en aimant le contrôle. Certains ont même affirmé que l’entrepreneur était une personne déviante, car incapable de se soumettre à l’autorité ou de s’adapter à une organisation !

«Entreprendre résulte plus d’une attitude que d’un caractère, tranche Yosr Ben Tahar, professeur à Paris School of Business. Et, selon le contexte, on mobilise différents aspects de sa personnalité. Cependant, deux traits font consensus : une disposition à prendre des risques et la capacité d’innover.»

Dans une étude réalisée en 2006, les chercheurs Hao Zhao et Scott Seibert montrent en effet que «l'ouverture à l’expérimentation» est le principal trait annonciateur de performance de l’entrepreneur. Pour autant, une idée neuve n’a nul besoin d’être révolutionnaire. Stanislas Gouilly-Frossard, 36 ans, a ainsi lancé il y a six mois Muto, une société de réemploi des matériaux utilisés dans l’événementiel. Il travaillait depuis environ dix ans dans ce secteur, après avoir repris la boîte de location de matériel audiovisuel fondée par son père.

«Après les salons, des mètres carrés de moquettes, de cloisons amovibles ou de bâches sont jetés alors qu’ils n’ont servi qu’un jour ou deux : du gâchis. J’ai vu que cette question des déchets commençait à interroger nos clients, se souvient-il. J’ai pensé à mettre sur pied une offre proposant des filières de réutilisation ou de recyclage.» Idée simple et prise de risque limitée : Stanislas dispose d’un bon fichier clients et sait que la demande existe.

Mais, même lorsque le risque entrepreneurial est faible, savoir entretenir son ambition est une nécessité. «Le déclencheur comme les raisons du succès sont dans les tripes», résume Michel Cezon, 60 ans, ancien ingénieur en intelligence artificielle devenu coach, qui a monté trois start-up. Etre motivé, ce n’est pas seulement avoir envie. «C’est aussi la faculté de porter une vision. Cela implique un minimum d’introspection afin de savoir pour quelles raisons (pourquoi) on se lance dans le projet et pour quelle finalité (pour quoi faire). La raison d’être de la personne se “transfère” sur l’entreprise et l’idée concrétise un alignement entre soi et sa vision du monde.»

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