
Le compte épargne temps universel devait changer la vie de millions de travailleurs. Présenté comme une avancée sociale inédite lors de sa signature le 24 avril 2024, ce nouveau droit promettait à chaque salarié, même dans les plus petites entreprises, d’épargner du temps et de le mobiliser au gré de ses besoins. "Le CETU est une avancée sociale obtenue par la CFDT, c’est le résultat d’une action syndicale engagée pour améliorer la vie des travailleurs et des travailleuses", saluait alors la confédération dans son communiqué.
Deux ans plus tard, l’enthousiasme est retombé. "On n'est pas plus avancé qu’à l’issue de la négociation, l’accord n’a jamais été traduit en loi", reconnaît Isabelle Mercier, secrétaire nationale de la CFDT en charge de l’organisation et de la vie au travail. Le dispositif n’est ni mis en place, ni accessible aux salariés. La confédération le réinscrit donc à son congrès confédéral, du 22 au 26 juin 2026 à Bordeaux.
Un accord signé, jamais transposé dans la loi
Le parcours du CETU explique son enlisement. Le texte n’a été signé que par trois organisations, la CFDT, la CFTC et l’U2P, à l’issue d’une négociation spécifique lancée par cette dernière après l’échec du Pacte de la vie au travail. Le Medef et la CPME s’y sont opposés. Faute de signature des deux principales organisations patronales, l’accord ne pouvait s’étendre à toutes les branches, et sa mise en œuvre supposait une transposition législative qui n’est jamais venue.
Le calendrier politique a achevé d’enterrer le chantier. "Après avril 2024, on a eu les Européennes, les législatives, la valse des Premiers ministres", résume Isabelle Mercier. La structure qui devait gérer à la fois le compte épargné et la conversion du temps en droits portables, la Caisse des dépôts et consignations, n’a jamais été activée. Résultat, le temps épargné dans une entreprise reste perdu dès que le salarié la quitte.
Conséquence concrète, en 2026 un salarié n’a quasiment aucune chance d’accéder à un dispositif ressemblant au CETU. Les comptes épargne temps existants restent cantonnés aux grandes entreprises dotées d’un vrai dialogue social, "comme Naval Group", et doivent être soldés au moment du départ. Dans le tissu des TPE et PME, où la présence syndicale est faible, la discussion sur l’aménagement des temps n’a bien souvent jamais lieu
Un enjeu d’équilibre des temps qui touche tous les salariés
Au-delà du compte lui-même, la CFDT défend une lecture large du sujet. "La question centrale, c’est vraiment la question de l’équilibre" insiste Isabelle Mercier. Aidance d’un proche, parentalité, garde alternée, engagement associatif, allongement des trajets domicile/travail, autant de contraintes qui percutent désormais l’organisation de la journée. La préoccupation traverse tous les statuts et tous les âges, du cadre soumis au forfait jour à l’aide à domicile en passant par l’agent technique.
La confédération veut donc avancer sur deux fronts. Elle réaffirme d’abord sa conviction que le CETU doit être pensé comme une épargne de long terme mobilisable à la moitié de sa carrière. Elle propose ensuite un droit d’option pour personnaliser l’aménagement du temps de travail à la semaine ou au mois, à temps de travail constant, par exemple en décalant ses horaires quand on habite loin ou qu’on doit récupérer ses enfants. Un troisième volet vise l’ouverture de négociations sur les proches aidants.
L’argument dépasse le seul cadre du travail. "Si on court toute la semaine et qu’on court le week-end, on n’a pas le temps d’une vie citoyenne, d’une vie de quartier, d’une vie familiale", plaide la secrétaire nationale, pour qui le déséquilibre des temps finit par peser sur l’engagement démocratique lui-même. Côté coût, la CFDT assure que le mécanisme, autofinancé par le versement mensuel de l’employeur, ne représenterait qu’un coût de gestion limité pour la Caisse des dépôts.











