
Podcasts, articles, interviews télé comme sur le plateau de BFM Business le 5 mai dernier… Léon Laulusa n’est pas avare de mots. Celui qui quittera ses fonctions en août 2026 croit au rôle de modèle, à l’exemplarité partagée. Son parcours n’est pas banal, en effet. Entre son départ précipité du Laos, en pleine guerre civile en 1975, et son ascension à la tête de la plus ancienne école de commerce au monde – et l’une des plus prestigieuses –, l’ESCP Business School, la connexion n’est pas évidente de prime abord. Il y a même un monde. «On n’est jamais programmé pour, et moi encore moins», dit-il en introduction. Au fil de l’échange transpirent une forme de sagesse, une hauteur de vue, et le poids des softskills (ou compétences douces), chères aux recruteurs d’aujourd’hui, pointe. On entend aussi la parole du professeur, mais également celle du publicitaire qu’il rêvait d’être.
Sa trajectoire est aussi une formidable vitrine pour son établissement d’enseignement supérieur. Selon Léon Laulusa, 56 ans, la clé de son ascension sociale réside dans son insatiable curiosité. Un virus contracté tout petit. Il observait. Il lisait. «Plus j’apprenais, plus j’apprenais vite, se souvient-il. L’éducation est votre fonds de commerce, répétaient mes parents, le meilleur actif possible.» Ce discours est tenu aux quatre enfants de la fratrie, quand ses parents ne sont pas allés au-delà du lycée. La consigne a été suivie à la lettre, trois sont devenus docteurs es quelque chose, un a choisi une autre voie : il est autodidacte. Les quatre ont réussi. Ils sont épanouis. Et, dans la famille Lausula, c’est ce qui compte. Le jeune homme apprend à l’université, donc. Il aurait bien tenté HEC, l’école des Hautes études commerciales de Paris. C’était sans compter la remarque d’une professeure : «Une prépa HEC ? Une utopie !» Une sortie à la fois dévastatrice et fondatrice.
«Jamais je n’aurais imaginé décrocher un doctorat»
De cette petite pique, il va faire un moteur. «Ma conviction profonde : on a tous un potentiel à révéler, avec un déclic. On ne parle pas assez du cheminement. Evoquer le processus est nécessaire, comme pour les sportifs de haut niveau. Il y a une discipline. Les dons ne suffisent pas. Et en France, on manque d’encouragements. Pourquoi cette enseignante m’a-t-elle jugé de la sorte quand elle ne me connaissait pas ? Elle ne savait pas que j’étais serveur le week-end. Et mes moyennes en pâtissaient. Je perdais confiance. Beaucoup d’échecs sont nécessaires aussi pour réussir, pour renforcer notre résilience. Il faut quitter sa zone de confort pour celle des efforts, et ainsi atteindre la zone de génie», s’enflamme-t-il.
En France, la guéguerre entre l’université et les grandes écoles de commerce est toujours d’actualité. Ce patron de business school a des mots empreints d’une profonde reconnaissance à l’égard de l’université. «On oublie la chance d’avoir une formation académique et quasi gratuite. Jamais je n’aurais imaginé décrocher un doctorat.» Un parcours brillant donc, mais le mot de réussite n’a jamais été prononcé pendant cet entretien. Il lui préfère l’expression «épanouissement global». Le message adressé à ses étudiants : «Soyez heureux. Tant que vous êtes épanouis, vous créez la bonne énergie. Aimer va générer quelque chose. Aimer faire. Aimer savoir. Que l’on donne l’envie…» Et, d’ailleurs, pour aligner son discours et sa vie, Léon Laulusa n’a pas hésité à quitter le monde de l’audit, son premier univers – pourtant rémunérateur, là où il gravissait les échelons quatre à quatre – pour enseigner et accéder ainsi au poste de «doyen», après dix-huit ans de fidélité. Le terme «humilité» revient deux, trois fois. D’instinct, on n’associe pas ce mot aux jeunes diplômés des grandes écoles. «Ils ne sont pas à l’ESCP Business School pour être les meilleurs au monde, mais pour le monde.» Les mots du publicitaire ne sont pas si loin.
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