
«Serial employés», «polyamoureux du travail», «switcheurs»… Ces différents termes désignent des salariés au profil bien particulier : ceux qui n’hésitent pas à claquer la porte dès qu’ils estiment avoir fait le tour de leur job. Ce phénomène en pleine expansion depuis quelques années s’appelle le «job hopping», littéralement «sauter d’un emploi à l’autre», et désigne le fait de changer de travail tous les 3 à 5 ans. Une tendance particulièrement en vogue chez les jeunes générations, car comme le souligne The Daily Swile, en vingt ans, le taux de turn-over a doublé en France pour atteindre 15%.
Le site spécialisé dans le monde du travail retrace ainsi le parcours de Ludivine, senior recruiter, qui en 4 ans a travaillé dans 4 entreprises différentes. «J’ai besoin d’être tout le temps sous pression pour rester motivée. Alors, dès que j’ai un peu plus de temps et que cela devient routinier, je m’ennuie», explique-t-elle. «Vis-à-vis de mon employeur, je ne culpabilise pas de partir, plutôt de me démotiver. Alors, je me demande si ce n’est pas la nature répétitive de mon métier qui pose problème», poursuit-elle.
Un manque de stimulation intellectuelle
Camille, product owner, a, elle, changé de job presque tous les ans ces 10 dernières années. Cette mère de famille analyse ce besoin de changement par un manque de stimulation intellectuelle. «Je suis diplômée à la fois d’une école d’ingénieur et de commerce, et suis souvent surqualifiée pour les missions qu’on me propose. On me vend du rêve, mais au final ce n’est que rarement intéressant, à l’exception de ma mission actuelle», confie-t-elle.
Alors, avec la multiplication de ces «serial employés», qui risquent d’être perçus comme instables voire immatures, comment les entreprises et les recruteurs réagissent-ils ? Pour Marie-Sophie Zambeaux, spécialiste du recrutement, le job hopping reste mal perçu par les employeurs. «Un recruteur est formé, pour ne pas dire formaté, à vouloir réduire les risques d’erreur de casting et à ne recruter que des profils qui inspirent confiance au maximum, semblent stables, cochent toutes les cases et disposent d’un parcours classique assez linéaire», analyse-t-elle pour The Daily Swile.
Or, les parcours riches et variés de ces salariés peuvent aussi représenter de véritables atouts pour une entreprise. «On peut voir l’accumulation d’expériences courtes comme le signe d’une forme de souplesse et de capacité d’adaptation», estime Marie-Sophie Zambeaux.


















