A bas le capitalisme! Dans les grandes écoles françaises, c’est le nouveau cri de ralliement. Le 24 juin dernier, lors de la remise de leurs diplômes, les jeunes polytechniciens dénonçaient un système «responsable du dérèglement climatique et d’inégalités inacceptables». Et d’inviter leurs camarades sinon leurs aînés à emprunter d’autres chemins, voire, comme l’a déclaré un de leurs porte-parole, Angel Prieto, à «infiltrer les grandes entreprises», pour mettre l’urgence écologique au cœur de leur stratégie. Pour ces ingénieurs d’élite, «il est urgent de sortir des rails sur lesquels nous installent notre diplôme et nos réseaux».

Ces bicornes rebelles semblent néanmoins modérés comparés à leurs voisins d’AgroParisTech. Montés sur l’estrade quelques semaines plus tôt, les plus radicaux de ces agronomes en herbe s'en sont pris au cursus qu’ils venaient de suivre, «une formation qui pousse globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours». Eux appellent à la «désertion», rejettent les concepts de développement durable, de croissance verte, et pensent que «l’innovation ne sauvera rien d’autre que le capitalisme». Même tonalité critique à Sciences po ou encore à HEC, où une étudiante a fait part du «profond malaise» qu’elle éprouvait en prenant conscience que «les métiers vers lesquels menaient mes études étaient la principale cause de cet effondrement environnemental».

Les enseignants ou les parents qui ont parfois dépensé des fortunes pour financer la scolarité de leur progéniture ont sans doute accusé le coup. Mais les scientifiques, comme les pouvoirs publics et les dirigeants d'entreprise, ont surtout de quoi s’inquiéter: si les futures élites ne croient plus à la capacité transformatrice et émancipatrice du savoir, où va-t-on? Certains de leurs aînés s’en agacent, à l’image de Vincent Le Biez, major de l’X en 2004, qui les a interpellés dans une tribune: «Camarades, la France attend vos solutions, pas vos états d’âme!»

La suite est réservée aux abonnés
Offre spéciale -30% avec le code HIVER26
  • Accès à tous nos articles pour comprendre l’économie
  • Des conseils pratiques et solutions concrètes pour gérer vos finances
  • Lecture immersive, publicité limitée
  • Sans engagement