
Coup dur pour certains demandeurs d’emploi. Négociée avec les partenaires sociaux en novembre dernier, la nouvelle convention de l’assurance chômage – dont la plupart des mesures entreront en vigueur le 1er avril 2025 – durcit encore les conditions d’indemnisation. Objectif affiché par le gouvernement : inciter au retour à l’emploi, dans un contexte de tensions sur le marché de travail. Et si cela permet de redresser les comptes de l’Unédic qui seront légèrement déficitaires cette année, alors tant mieux ! Selon la dernière étude d’impact de cette nouvelle convention, publiée par l’Unédic le 25 février, ce sont «environ 2,3 milliards d’euros d’économies [attendues] sur la période de la convention», c’est-à-dire de 2025 à 2028. Car si la réforme prévoit 470 millions d’euros de nouvelles dépenses, elle s’accompagne surtout d’une réduction massive des indemnités, à hauteur de 3,93 milliards d’euros. Une coupe qui réduira forcément les droits de certains demandeurs d’emploi, et plus particulièrement ceux des seniors et des créateurs ou repreneurs d’entreprises, visés par les principales mesures d’économie.
«70% des moindres dépenses proviennent de deux mesures»
Cette baisse d’environ 3,46 milliards d’euros de dépenses d’ici à 2028 tient principalement à deux mesures : d’une part, la mensualisation des allocations de retour à l’emploi (ARE) dès le mois d’avril. «Désormais, le nombre d’allocations versé chaque mois est calculé sur la base d’un forfait de 30 allocations journalières, quelle que soit la durée du mois civil», explique l’Unédic. Un coup de rabot qui pénalisera donc l’ensemble des demandeurs d’emploi.
Autre tour de vis qui allège considérablement la facture de l’organisme : la nouvelle indemnisation des créateurs et repreneurs d’entreprise. Jusqu’ici, ces derniers pouvaient cumuler l’intégralité de leurs allocations chômage avec les revenus de leur activité. Dès avril 2025, ce cumul sera plafonné à seulement 60% des droits restants après la création de l’entreprise. Résultat, «100 000 entrepreneurs verront leur durée d’indemnisation réduite la première année», et «50 000 allocataires ne seront plus indemnisés chaque mois en régime de croisière», chiffre l’organisme.
Par ailleurs, à partir du 1er avril, le second versement de l’Aide à la reprise ou à la création d’entreprise (Arce) ne sera plus accessible pour les entrepreneurs ayant retrouvé un emploi en CDI à temps plein. Ce sont ainsi «3 500 allocataires [qui] ne toucheront plus ce second versement chaque année», permettant à l’Unédic d’économiser quelque 25 millions d’euros par an.
Les demandeurs d’emploi seniors en ligne de mire
Les seniors ne sont pas mieux lotis. Bien au contraire, puisque les «personnes impactées négativement [par la réforme] sont plus souvent des seniors de 53 à 56 ans». Actuellement, un demandeur d’emploi de 53 ou 54 ans peut toucher des allocations pendant 22,5 mois, tandis que les 55 ans et plus bénéficient de 27 mois d’indemnisation. Mais ce cadre va radicalement évoluer à partir du 1er avril 2025. «Ces bornes d’âge seront décalées de deux ans, en cohérence avec le report de l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans», explique Jean-François Foucard, secrétaire national du syndicat CFE-CGC dans la branche emploi et formation.
Pour les seniors de 53 et 54 ans, c’est un coup dur : leur durée maximale d’indemnisation va passer de 22,5 à 18 mois, et donc être rabotée de «4,5 mois, soit 137 jours», indique l’Unédic. Pour percevoir la durée maximale d’indemnisation, il faudra désormais attendre d’avoir 57 ans, au lieu de 55 ans aujourd’hui. Avec ce décalage des bornes d’âge, les 53-54 ans seront logés à la même enseigne que les autres demandeurs d’emploi et ne pourront prétendre qu’à une indemnisation limitée à 18 mois.
Autre durcissement prévu, mais attendu : l’âge permettant de maintenir ses droits jusqu’à la retraite va lui aussi être décalé. Actuellement, un demandeur d’emploi peut conserver ses allocations jusqu’à 62 ans, pour éviter de se retrouver sans ressources avant sa retraite à taux plein. Avec la réforme, ce seuil sera progressivement repoussé à 64 ans, une nouvelle fois en lien avec le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite. Résultat, «35 000 allocataires ne bénéficieront plus d’une prolongation de leur droit chaque année» et risquent donc de se retrouver sans allocation chômage avant de pouvoir toucher leur pension.


















