Et si cette histoire de freinage fantôme n’était que la répétition d’une autre affaire, celle des airbags tueurs Takata, vieille de quelques années maintenant ? Rappelez-vous : au départ, les coussins gonflables du fabricant japonais avaient été installés sur certains modèles de voitures pour assurer votre sécurité en cas de choc. Avant de se révéler eux-mêmes beaucoup trop dangereux, jusqu’à provoquer des accidents mortels… De la même façon, les systèmes d’électronique embarquée, désormais obligatoires dans les voitures les plus récentes, et incluant un dispositif de freinage automatique, ne semblent pas aussi protecteurs que prévu. Le témoignage d’une automobiliste avait d’ailleurs lancé les hostilités en août dernier, lorsqu’elle avait confié sa mésaventure sur autoroute, au volant de sa Peugeot 208. Cette conductrice avait fait part du freinage brusque dont elle avait été victime, déclenché sans raison apparente, et qui avait provoqué un accident spectaculaire. Depuis, des centaines de conducteurs ont rapporté des incidents semblables d’arrêts brutaux, et témoigné de leur inquiétude lorsqu’ils se lancent à pleine vitesse sur les grands axes routiers. Comme pour le scandale des airbags, le ministère des Transports a rapidement décidé de se réveiller, et a ouvert une enquête l’été dernier en même temps qu’il adressait un questionnaire aux victimes de tels «freinages fantômes».

Près d’une dizaine de «freinages fantômes»

Stéphane, qui a vécu une expérience similaire, pourrait renseigner le gouvernement. Il explique ainsi à Capital avoir été victime de freinages fantômes occasionnels avec son véhicule MG4. «Depuis son acquisition en mars 2023, j'en ai eu près d'une dizaine... fort heureusement sans conséquence, étant à basse vitesse et avec une bonne réaction des véhicules qui me suivaient éventuellement». Selon ses dires, il aurait pu en subir bien plus, mais il a sauvé sa peau en ayant le réflexe de désactiver la fonction du freinage automatique d’urgence avant d’entamer ses trajets. Problème, il faut penser à refaire cette manipulation sur l’écran au travers de plusieurs menus et ce, à chaque démarrage du véhicule. «Et surtout, si vous prenez la route sans le faire et que vous vous en rendez compte, il faut impérativement s’arrêter pour désactiver cette fonction car ce n'est pas possible en roulant!». Rappelons effectivement que le système de freinage automatique d’urgence est obligatoire sur tous les modèles depuis 2022. «Sur le principe, ça part d'un bon sentiment d'assister le conducteur, mais cela ne doit pas pour autant le mettre en danger...», insiste-t-il.

Pour Carole, propriétaire d’un Audi Q5 acheté neuf en 2019, les premiers freinages intempestifs sont apparus à 50 km/h, puis à 90 km/h et 110 km/h, jusqu’à l'arrêt total. «Par chance, la voiture de derrière était assez loin et a pu s'arrêter mais la personne m’a insultée de m’être arrêtée au milieu de la route. Mais quand elle s’est aperçue que j’étais enfermée et planquée par les ceintures, elle a compris après coup». Son seul regret, c’est qu’il n’y a jamais véritablement quelqu’un pour témoigner de ces faits…«Je suis allée voir le concessionnaire de la marque, mais il ne me comprenait pas, la voiture ne révélait rien d’anormal selon lui. J’ai eu une mise à jour mais pas de changement». Cette automobiliste a alors de moins en moins utilisé sa voiture, elle n’avait plus confiance. Le 5 avril dernier, Audi a procédé à une nouvelle mise à jour, ainsi qu’à un étalonnage des caméras. Il s'agissait de la caméra du pare-brise qui avait un problème depuis la sortie d’usine. Problème réglé, sans non plus assurer que les freinages ne vont pas réapparaître. Il est vrai qu’un mauvais calibrage des caméras et autres radars, à l’issue de la fabrication ou après une réparation, peut aussi causer des difficultés. Et si c’était la faute du constructeur ou de votre garagiste ?

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