C’est le 52e ! Il ne s’agit pas d’un anniversaire, mais tout simplement du dernier département à avoir décidé de tourner le dos à l’Etat en faisant marche arrière sur la vitesse à appliquer sur les routes du réseau secondaire. Instauré par décret en juillet 2018, l’abaissement de la vitesse de 90 km/h à 80 km/h, notamment sur les départementales, n’est aujourd’hui plus au goût du jour. Lundi 9 février, l’Eure sera donc le nouveau département à réinstaller des panneaux 90 km/h sur ses routes, indique LCI.

Pour le sénateur du département, Hervé Maurey, le constat est clair : «Le bilan n’a pas été très concluant, on a vu très nettement que ça n’avait pas réduit la mortalité sur les routes.» Dans d’autres départements déjà repassés à 90 km/h, comme le Morbihan l’été dernier, les conducteurs sont globalement satisfaits : «C’est mieux, mais il faut être prudent», témoigne un homme. «Les gens s’énervent moins, ils ne cherchent pas à doubler», adoube un autre, quand un dernier reconnaît que c’est «très bien sur les grands axes et ça ne pose aucun problème».

La mortalité routière est repartie à la hausse en 2025

Pourtant, selon les chiffres officiels, 61% des décès ont lieu hors agglomération et il y a surtout eu plus de morts en 2025 qu’en 2024. De quoi raviver les débats entre soutiens de l’abaissement de la vitesse et leurs contradicteurs. Pour Charline Bregeon, directrice régionale de Bretagne prévention routière, «la vitesse est un facteur aggravant de tous les autres accidents». Elle martèle l’importance de maintenir la vitesse à 80 km/h.

D’un autre côté, également interrogée par LCI, la responsable du pôle études de la ligue de défense des conducteurs, Alexandra Legendre, répond que «quand vous avez un accident avec quatre jeunes qui sortent de boîte, avec de l’alcool dans le sang, vous ne pouvez pas assimiler ça à l’abaissement ou au grossement de la vitesse». Des points de vue, semble-t-il, irréconciliables.

Edouard Philippe «a commis une faute»

Sur le plateau de LCI, l’éditorialiste Christophe Barbier estime que le Premier ministre de l’époque, Edouard Philippe, a procédé de manière «trop brutale et trop verticale : expertise, décision, application». Il ajoute : «Il a commis une faute et a dû reculer alors que son intention était bonne» et il pourrait devoir le porter lors de sa candidature à la présidentielle 2027. Selon le département de l’Eure, 48% des communes n’ont pas accès à une offre de transport public, d’où la nécessité de privilégier les routes.

Reste à parler du coût d’un tel retour en arrière. A l’époque, le gouvernement avait évoqué une fourchette large comprise entre 6 et 12 millions d'euros pour remplacer les panneaux sur 400 000 kilomètres de routes dans le pays. Les défenseurs d’une vitesse à 90 km/h sur les routes rappellent qu’en Allemagne, il n’y a pas de limitation de vitesse. Pourtant, selon les derniers bilans, il y a eu plus de morts sur les routes en France (3 260) qu’en Allemagne (2 810) en 2025.