
Elles ne sont pas encore partout, mais elles attirent l'œil, et vous en croisez forcément une régulièrement. Les voitures électriques chinoises connaissent une irrésistible ascension en Europe depuis quelques mois, et particulièrement en France, qui est devenue la cible prioritaire des gros constructeurs automobiles chinois comme MG ou BYD. Même si les ventes partent de bas, au cours de ces six premiers mois, la dizaine de marques chinoises commercialisées sur le marché auto français a vendu près de 22 000 unités, pour une part de marché de 2,6%. C’est peu, certes, mais le rythme s’accélère par rapport à l’année dernière entière, qui avait totalisé plus de 31 500 voitures chinoises vendues sur douze mois (1,83% de part de marché). De quoi commencer à inquiéter les constructeurs bien établis. Car portées par des prix défiant toute concurrence, une montée en gamme accélérée et des stratégies industrielles offensives, les voitures chinoises redistribuent les cartes, alors que l'équation reste complexe : le gouvernement français, tout en restreignant l’accès au bonus écologique via un nouveau score environnemental, appelle aussi à la souveraineté industrielle. Alors quels sont les secrets de leur percée en France et comment parviennent-elles à se vendre toujours plus ?
Des prix plus bas que les voitures européennes équivalentes
Pour attirer les automobilistes français, ces constructeurs chinois misent sur des tarifs agressifs, souvent 20 à 30% moins chers que les modèles européens équivalents. Par exemple, la MG4, placée parmi les dix voitures électriques les plus vendues en France l’année dernière, est commercialisée autour de 23 000 euros, un prix imbattable pour une compacte électrique, contre environ 30 000 euros pour une Peugeot e-208. Toutefois, les modèles chinois souffrent de leur éviction du bonus écologique, restreint pour favoriser les véhicules produits localement en Europe (grâce à un score environnemental). En attendant d’y avoir potentiellement accès, leurs constructeurs compensent par des bonus “maison” ou des ristournes ponctuelles, quitte à recourir à des trucs et astuces au niveau des sièges, ou à une fabrication plus sobre en carbone, et un démontage logistique optimisé. En tout cas, l’arrivée massive des modèles chinois a eu le mérite de provoquer une réaction de la filière, en particulier tricolore. Comme un accélérateur de la guerre des prix, puisque Renault et Stellantis redoublent d’efforts pour proposer des modèles électriques moins chers autour de 20 000 euros, capables de rivaliser avec les prix chinois.
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Des voitures à la pointe de la technologie
Au-delà du critère du prix, les consommateurs sont très sensibles à la technologie embarquée. Et là, les marques chinoises cochent toutes les cases, il n’y a pas photo. Dotées d’une solide autonomie, leurs voitures sont souvent vendues avec un package technologique premium complet, et proposé dès les versions d’entrée de gamme, sans avoir à rajouter des euros. Les clients n’ont donc pas besoin de choisir, ni de négocier, les écrans XXL, les aides à la conduite, et autres outils de connectivité, etc, qui sont tous de série. Par exemple, la nouvelle BYD Dolphin Surf s’achète entre 19 990 et 26 640 euros maximum pour une pléthore de fonctionnalités, comme la fonction V2L (énergie accumulée dans la batterie), le régulateur de vitesse intelligent de série, des caméras avant et arrière, le réglage électrique des sièges, le système de recharge sans fil pour les smartphones, etc.
Des stratégies industrielles offensives
Des acteurs comme BYD maîtrisent plus de 70% de leur production en interne, grâce à une intégration verticale poussée sur les batteries, les moteurs et l’électronique, minimisant les coûts et dépendances externes. Pour contourner les tensions commerciales et les accusations de dumping, des constructeurs chinois prévoient donc d’implanter leur usines sur le sol européen. À commencer par BYD, qui compte ouvrir un site industriel en Hongrie dès cette année, tandis que MG envisage de construire ses deux premières usines européennes d’ici les prochains mois. Selon un accord stratégique, Stellantis songe également à produire le SUV chinois Leapmotor B10 dans ses usines en Espagne.
Mais malgré une révolution technologique et tarifaire à l’échelle européenne, les voitures électriques chinoises peinent à casser le marché français. Face à l’omniprésence de Renault, Tesla, et même Citroën ou Peugeot, leurs offres séduisantes restent pour l’heure confinées à la marge. Aucun modèle chinois n’est dans le top 10 des ventes françaises du tout dernier mois, c’est le symbole aujourd'hui de retards, qu’il s’agisse de concessions et de distribution, de service après-vente, de visibilité, de confiance et d'image de marque. Sur le sujet de la revente à moyen terme et la fiabilité, tout cela peine à convaincre les acheteurs français. Même si tout peut changer rapidement, l’invasion des modèles chinois n’en est qu’à ses prémices sur le sol hexagonal.



















