Est-ce que Citroën en verra un jour le bout ? La marque automobile est de nouveau sur le devant de la scène automobile, malgré elle, car elle compte encore plusieurs rebondissements dans l’affaire des airbags tueurs. Le 11 juin dernier, une femme de 37 ans est décédée dans un accident de la circulation, après que l’airbag de sa Citroën C3 a explosé. Son véhicule était concerné par une campagne de rappels, mais il n’avait pas encore été interdit à la circulation. C’en fut trop pour le ministre des Transports Philippe Tabarot, recensant au total 18 décès, dont 16 dans les Outre-mer. Le mardi 17 juin, il a demandé l'immobilisation de toutes les Citroën C3 et DS3, afin de changer leurs airbags. Jusqu'à présent, certains conducteurs avaient été invités à faire remplacer ces équipements de sécurité potentiellement dangereux, mais pas à cesser de conduire. Un coup de pression que la marque Citroën a bien été obligé d'entendre : le nouveau patron, Xavier Chardon, a immédiatement étendu le “stop and drive” à toutes les C3 et DS3 concernées produites entre 2014 et 2019. Cela représente un volume global de 82 000 voitures. Plus aucune ne doit être utilisée par leur propriétaire, donc…

Des courriers de rappel retournés à l’envoyeur chez Citroën

Selon la maison-mère Stellantis, sur les 690 329 modèles C3 et DS3 rappelés en France, seuls 481 000 ont été réparés à ce jour. Cela signifie que plus de 209 000 véhicules n’ont toujours pas bénéficié du remplacement de leur airbag, dont les 82 000 nouvellement concernés par l’interdiction de rouler.

Pourquoi ces autos potentiellement défectueuses n’ont-elles pas encore été réparées ? Il y aurait toutes sortes de raisons. Certaines réparations n’ont pas pu être effectuées faute de contact avec les propriétaires. Si la plupart d’entre eux ne prennent pas le sujet au sérieux et ne se manifestent pas auprès de leur concessionnaire ou garagiste, d’autres ne reçoivent pas les courriers. Les convocations envoyées se basent sur le fichier national des cartes grises. Malheureusement, de revente en revente, les adresses des propriétaires ne sont pas toutes à jour et valides. Les courriers de rappel sont alors retournés à l’envoyeur. C’est ce qui s’est produit pour la conductrice décédée, dont la lettre avait été expédiée fin mai, puis renvoyée. Dans ce cas, Citroën tente alors de contacter les propriétaires via les assureurs, pour envoyer de nouveaux courriers recommandés. Pour éviter ce processus trop long et laborieux, les centres de contrôle technique prêtent main forte et signalent désormais les rappels aux conducteurs lors des visites périodiques. Malgré cela, de nombreux véhicules restent encore en circulation. Et un rappel n’ayant jamais de fin programmée, les clients concernés n’ont pas de périodes définies pour se présenter en atelier et leurs voitures doivent toujours être prises en charge quoi qu’il arrive. Il en va de la responsabilité du constructeur.

Quelques réactions sur les réseaux sociaux permettent aussi de mieux comprendre le phénomène. Sur le groupe “Collectif scandale airbags Takata”, plusieurs membres expliquent, par exemple, n’avoir jamais reçu de courrier alors que leur voiture est concernée et que leurs coordonnées sont bien mises à jour. D’autres disent que leur garagiste confirme qu’il y a moins de livraisons de nouveaux airbags ou qu’il est tout simplement incompétent… Certains posent la question «comment savoir si mon véhicule est concerné ?», etc. Quelques airbags sont remplacés, parfois seulement celui du conducteur, mais ne sont pas signalés à qui de droit. Il y a de tout, et cela prouve l’ampleur du problème…

Le ministère des Transports s’est saisi de l’affaire et interroge désormais Stellantis sur sa gestion des risques. Une enquête est en cours. Les dirigeants de Citroën doivent être auditionnés prochainement. En parallèle, plusieurs procédures judiciaires ont été ouvertes.

Un site internet du gouvernement permet aux automobilistes de vérifier si leur voiture est concernée. Et Citroën, par la voix de son directeur général Xavier Chardon, appelle les clients à se manifester sans attendre : «Il est important qu’ils prennent contact avec nous.»

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