
Et c’est reparti pour un tour ! De ces garages géants, les voitures rayées et cabossées ressortent avec une carrosserie lustrée. Un moteur au bruit suspect ? Les pièces défaillantes sont remplacées, garantie à l’appui. Dans l’habitacle, les coutures des sièges sont reprises si besoin et, après un grand ménage, l’automobile est prise en photo sous tous les angles puis remise en vente. Prête à vivre une deuxième, voire une troisième vie. C’est ainsi que des dizaines de centres de reconditionnement de véhicules sont apparus en France. Ce ne sont pas tout à fait des usines, car on n’y fabrique pas de nouveaux modèles. Mais on y travaille quand même à la chaîne, alors que les voitures défilent par centaines chaque semaine.
Plusieurs grands groupes se partagent ce marché des véhicules reconditionnés. Ils sont constructeurs automobiles (Renault et Stellantis), distributeurs (Emil Frey) ou spécialistes du segment (Aramisauto et Auto1, plus connu pour son site Vendezvotrevoiture.fr et son célèbre ambassadeur, le footballeur Franck Leboeuf). Facile de comprendre cet engouement : devant le prix dissuasif des voitures en concession, les automobilistes se tournent vers l’occasion, un marché trois fois plus gros que celui du neuf ! Et si 60% des transactions s'effectuent entre particuliers, «les ventes de professionnels à particuliers augmente d’année en année», observe Romain Boscher, directeur général d’Aramisauto, qui a reconditionné plus de 91 000 véhicules en 2025.
Le prix très attractif des voitures reconditionnées
Certes, les voitures de ce type sont plus chères que les occasions classiques, avec un surcoût estimé à 20%. «Mais il y a tout un travail de remise en état qu’un particulier ne fera pas. Et les véhicules sont proposés à la vente avec des garanties», fait valoir Bastien Mage, directeur des activités véhicules d’occasion en France chez Renault. Le prix de ces modèles reconditionnés reste de toute façon très attractif par rapport au neuf. Car dès qu’une automobile quitte la concession, sa valeur chute rapidement. Chez Aramisauto, on propose ainsi des véhicules de 12 à 18 mois d’âge à 60% du prix catalogue, soit plusieurs milliers d’euros d’écart. Chez Autohero (filiale d’Auto1), «nous avons beaucoup de voitures à moins de 10 000 euros, et pas que des citadines», indique David Muhlberger, directeur retail en France. Sur cette plateforme, le panier moyen s’élève à 17 000 euros, contre un tarif moyen du neuf aux alentours de 35 000 euros.
200 points de contrôle pour garantir la fiabilité des véhicules
En plus du prix avantageux, les consommateurs apprécient la fiabilité promise par le reconditionnement. «Plus de 200 points de contrôle sont réalisés pour identifier tout ce qui est à refaire sur le véhicule», décrit Romain Boscher. Essais dynamiques, inspections visuelles, diagnostic technique… Les reconditionneurs détectent des défauts difficilement repérables à l'œil nu, surtout pour des néophytes. Cela inclut les «vices cachés» comme les compteurs trafiqués, cauchemar de ceux qui achètent leur véhicule à un particulier. «Une voiture qui a 100 000 kilomètres ne ressemble pas à une voiture qui en a 20 000. Grâce à nos contrôles, on peut savoir s’il y a eu des manipulations», rassure David Muhlberger.
Les véhicules reconditionnés ne visent toutefois pas la perfection. «S’il y a des petites rayures, on peut parfois les laisser. Par contre, on va prendre en photo les défauts et les indiquer dans l’annonce pour éviter toute mauvaise surprise», indique le patron d’Aramisauto. Comme pour le neuf, une garantie contre les pannes mécaniques est aussi disponible – compter douze mois chez Autohero, Aramisauto et Renault. La fiabilité et la traçabilité des réparations promises par les acteurs du reconditionnement présentent un autre avantage : cela permet aux clients de mieux revendre à leur tour la voiture, pour une éventuelle troisième vie.
Un gisement d'emplois en France
Pour l’instant, ces véhicules n’ont pas vraiment de statut à part. Mais chez Renault et Aramisauto, on plaide pour que les voitures électriques reconditionnées aient droit à des aides à l’achat, au même titre que les neuves, qui bénéficient du bonus écologique et du leasing social. «L'Etat concentre ses forces sur le véhicule neuf. Cela freine un peu le marché du véhicule d’occasion électrique», argumente Bastien Mage chez Renault. «Ce segment du reconditionné, c’est l’occasion pour l’industrie automobile de retrouver sa place dans l’économie française», considère également Karolyn Favreau, experte de l’automobile au sein du cabinet OMS.
C’est pour éviter la fermeture de son usine de Flins (Yvelines), créée en 1952, que Renault a décidé de la reconvertir à l’économie circulaire en 2020. S’il ne fabrique plus une seule voiture, le site compte toujours 1 755 salariés. Les activités de la Refactory se concentrent, outre le reconditionnement, sur la réparation de batteries ou de véhicules lourdement accidentés, l'impression de pièces en 3D et le recyclage de matériaux. «Si la voiture n’est pas réparable, on peut récupérer des pièces qui serviront au reconditionnement de voitures d’occasion. C’est toute une économie circulaire que l’on monte progressivement», se réjouit Hasni Ouachi, directrice en charge du développement commercial du centre de reconditionnement à Flins.
Chez ces spécialistes, de multiples points de contrôle
Capot
Les points de contrôle se comptent en centaines dans les centres de reconditionnement. De multiples pièces peuvent être remplacées : amortisseurs, courroies de distribution, filtres, plaquettes de frein… Sans oublier la vidange de la boîte de vitesses.
Carrosserie
Les inspections visuelles permettent de vérifier l’état de la carrosserie. Après le débosselage, les rayures sont éliminées en ponçant puis en repeignant la partie endommagée. De petites rayures peuvent être laissées intactes si la remise en état est trop coûteuse.
Pneus
Les pneumatiques sont vérifiés et remplacés si nécessaire. Les jantes sont également rénovées en interne, les rayures étant fréquentes en raison des frottements contre les trottoirs. Les réparateurs peuvent également combler les trous en cas de bout manquant.
Sièges
Le remplacement d’une garniture de siège étant très coûteux, les centres de reconditionnement privilégient la réparation. Les trous dus aux brûlures de cigarette sont comblés, tandis que les déchirures sont reprises par des points de couture.
Compteur / tableau de bord
Hantise des automobilistes, les compteurs trafiqués sont dévoilés par les contrôles des mécaniciens. D’autres vices cachés sont aussi repérés, comme un châssis déformé après un accident ou un défaut de structure, ce qui peut s’avérer dangereux pour le conducteur.
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