Ils ne le savent pas encore (ou du moins pas tous), mais les consommateurs ont le pouvoir. Le pouvoir de choisir ce qu'ils achètent et d'orienter les choix des industriels et distributeurs en matière de production. Ce jeudi 9 octobre, plusieurs appels sont d'ailleurs lancés, pour expérimenter cette nouvelle forme de soutien.

Les fans de Cachou Lajaunie sont attendus à Amsterdam, devant le siège du groupe Perfetti Van Melle pour empêcher la disparition des boîtes jaunes et noires, dont l'entreprise a stoppé la production en catimini il y a quelques mois. Quant aux défenseurs d'une agriculture bio et de fromages de top qualité, ils sont invités à une grande raclette solidaire près de Laval, à la fromagerie d'Entrammes, dont l'avenir serait fragilisé, si ses fromages au lait de foin ne trouvent pas preneur à un prix qui lui permette de faire vivre éleveurs et ouvriers. La mobilisation peut les sauver.

Rémy et Pierrot Groussard, les fondateurs des ateliers Tonton Pierrot qui commercialisent des brochettes de bonbons proposent de reprendre Cachou Lajaunie pour éviter sa disparition.
Rémy et Pierrot Groussard, les fondateurs des ateliers Tonton Pierrot qui commercialisent des brochettes de bonbons proposent de reprendre Cachou Lajaunie pour éviter sa disparition. © Les Ateliers Tonton Pierrot

Une centaine de personnes attendues à Amsterdam et autant à la grande raclette solidaire près de Laval

Mythique, la boîte de bonbons au réglisse s'éteint à petit feu. Depuis quelques semaines, les fans se passent les adresses des derniers magasins où il reste quelques exemplaires. Une pétition a été lancée pour demander au groupe Perfetti Van Melle qui possède Cachou Lajaunie de relancer sa production. Signée par plus 52000 personnes, elle a créé un mouvement que les Ateliers de Tonton Pierrot ont décidé de canaliser. L'entreprise familiale qui fabrique et commercialise des gâteaux et brochettes de bonbons propose de reprendre la marque et sa fabrication dans sa confiserie de Graissessac, près de Béziers, dans l'Hérault. Problème, le groupe Perfetti Van Melle fait la sourde oreille. Pour lui, avec à peine 7 tonnes de bonbons, soit probablement 70000 boîtes de Cachou par an, la marque n'est plus assez bankable. Plus facile à éteindre qu'à relancer.

«La Vosgienne a été délocalisée en Turquie et en Espagne, on ne veut pas que cette autre marque du patrimoine gustatif français parte loin», plaide Rémy Groussard, gérant des Ateliers de Tonton Pierrot.

Alors aujourd'hui, Rémy et Pierrot Groussard, les gérants de la PME, ont invité les amoureux de la marque devant le siège de l'entreprise Perfetti, à Amsterdam. David a donné rendez-vous à Goliath. En étant visibles et en faisant du bruit, ils permettront peut-être à Rémy Groussard d'échanger de vive voix avec la famille Van Melle, propriétaire de Perfetti, ou avec le directeur de l'activité française du groupe. Entre expatriés français vivant dans la ville et fans prêts à faire le déplacement, Remy Groussard table sur une centaine de consommateurs présents.

Si la mobilisation aboutit, la PME pourrait reprendre la production sur son site, voire la relancer en "location gérance", c'est à dire pour le compte de ce géant de la confiserie que les quantités de Cachou n'intéressent plus à ce jour, mais qui ne consent pas pour autant à s'en séparer totalement.

Les patrons de Carrefour et les consommateurs mobilisés ensemble

Dans la Mayenne, les tables installées pour cette grande raclette solidaire du jeudi 9 octobre peuvent accueillir 100 personnes. «On a été obligés de stopper les inscriptions, on ne pouvait pas accueillir tout le monde», regrette Nicolas Chabanne, le fondateur de la marque C'est qui le Patron?. La foule présente devrait compter un tiers de consommateurs. «Certains ont posé une journée de congé pour venir», relève celui qui a déjà contribué à vendre près d'un demi-million de ses briques de lait, le lait bleu comme certains l'appellent.

C'est l'agriculture que nous voulons voir exister en France : ultra qualitative, bio, transparente, tracée et qui nous régale les papilles. Nicolas Chabanne.
Les équipes de C'est qui le Patron? sont allées plaider la cause de la laiterie d'Entrammes jusqu'à l'Elysée, où une raclette doit également être servie ce jeudi par le chef cuisinier.
Les équipes de C'est qui le Patron? sont allées plaider la cause de la laiterie d'Entrammes jusqu'à l'Elysée, où une raclette doit également être servie ce jeudi par le chef cuisinier. © Nicolas Chabanne

A la laiterie d'Entrammes, la présence des consommateurs permettra de dire qu'ils sont prêts à payer quelques centimes de plus pour une agriculture de qualité qui donne une raclette de qualité. Ici, les bêtes ne se nourrissent que de bonne herbe et de foin, aucune autre farine ou aliment de substitution ne leur est donné. D'où cette appellation contrôlée de fromage "au lait de foin". Plusieurs représentants de la distribution, et notamment le directeur de Carrefour France, doivent être présents. Car ce sont eux ensuite qui doivent rendre ces produits accessibles aux consommateurs dans les rayons de leurs magasins.

Pour les consommateurs, le jeu ne s'arrête pas à la fin de la journée. Si ces mobilisations sont des tests, elles montrent la capacité d'action des consommateurs pour choisir ce qu'ils mangeront demain. «Si demain on décide d'acheter cette raclette et les Cachou, y'a plus de question sur leur avenir! C'est ce pouvoir des consommateurs qu'on redécouvre», rappelle Nicolas Chabanne.