Au moment de faire leurs courses, beaucoup de Français attachent une importance à un élément, en particulier quand ils font le marché : l’origine du produit. C’est encore plus vrai avec les fruits et légumes. Interrogés par TF1, les passants sont quasiment tous unanimes : ils recherchent «l’origine France». Même son de cloche au micro de France 2 pour les clients d’un primeur : «Je préfère prendre en petites quantités et que ce soit français.» En théorie, les étiquettes bleu, blanc, rouge et les mentions «Origine France» sur les étals sont gages de confiance.

Mais ce n’est pas toujours le cas ! C’est ce que reprochent aujourd’hui les producteurs de poires, car bon nombre de fruits de variété Conférence proviennent de Belgique ou des Pays-Bas. Pour l'Association nationale Pomme Poire interrogée par France 2, cela mène à «des consommateurs trompés, une fausse promesse de produits français et une belle marge pour le fraudeur». Pour en avoir le cœur net, certains mènent des contrôles inopinés. C’est le cas du responsable technique chez Vergers Ecoresponsables.

Les poires des voisins deux fois moins chères

«On va dans les rayons, on va prendre trois, quatre ou cinq fruits qu'on va envoyer à l'analyse», explique au micro de TF1 Xavier Le Clanche. Les poires sont envoyées à un laboratoire, une sorte de scanner des fruits, qui met en évidence s’il existe des fraudes. Et ses suspicions sont étayées par les résultats. Les produits estampillés Val de Loire sont en réalité étrangers. «On a plutôt une confirmation d'une origine belge», regrette Xavier Le Clanche.

Si les arnaques sont difficiles à mettre au jour et à quantifier, cela met en rogne les producteurs. C’est le cas du directeur de la coopérative Nelfruit de Nesle en Picardie. Il confie qu’il est très simple de frauder. Un négociant peut par exemple aller acheter des poires chez nos voisins belges ou néerlandais, «mettre un bel autocollant dessus, made in France» et ensuite «revendre les fruits 1,30 euro au même prix que le mien». Pourquoi ? Car les produits belges et néerlandais sont deux fois moins chers. «C'est nous voler notre marché, c'est ça qui me rend fou», fustige-t-il.

Des fruits produits toute l’année

La différence de prix s’explique notamment par les produits phytosanitaires utilisés chez nos voisins, déplore le propriétaire d’un verger dans la Somme interrogé par TF1. Aussi parce qu’ils produisent des fruits toute l’année. «Ils cueillent en sous-maturité, ce qui n'est pas optimal au niveau gustatif, mais qui permet de favoriser une conservation longue», éclaire auprès de France 2, Hubert Achard de la Vente, producteur dans le Calvados. En plus de la tromperie pour les consommateurs, ces pratiques tirent les prix vers le bas pour les producteurs français. La Répression des fraudes dit avoir déjà réalisé 2 500 contrôles cette année, mais face à l’ampleur du phénomène, les producteurs réaliseront eux-mêmes des contrôles dès cette semaine.