
Dans les linéaires, l'étiquette peut prêter à confusion. Plusieurs paquets de farine de blé affichent fièrement une origine bleu-blanc-rouge, mais attention : seule la céréale est française. Son broyage, lui, a été réalisé outre-Rhin. De quoi désarçonner certains consommateurs auxquels TF1 a tendu le micro : «C'est écrit en petit, mais c'est quand même assez trompeur», relève une cliente. D'autres s'interrogent légitimement sur l'intérêt de traverser la frontière pour transformer un produit cultivé chez nous.
Si ce détour existe, c'est parce que la France ne compte plus qu'un seul moulin capable de produire 200 000 tonnes de farine par an, contre une quinzaine en Allemagne. La fermeture, il y a deux ans, d'un site majeur à Strasbourg a fragilisé la filière. A cela s'ajoutent des écarts fiscaux défavorables : la farine allemande est deux fois moins taxée que la française. Nos moulins se recentrent donc sur les boulangers artisanaux, abandonnant peu à peu la grande distribution.
Une main d'œuvre moins chère
Cette évolution pèse sur les acteurs français. «La concurrence étrangère est très virulente en Allemagne, où le coût de la main d'œuvre est moins cher», constate Thomas Maurey, meunier dans le Val-d'Oise. Pour tenir, ce dernier a investi 5 millions d'euros dans ses Moulins Familiaux, augmentant sa capacité de production de 180 à 250 tonnes quotidiennes. Un effort nécessaire pour tenter de rivaliser avec des voisins mieux armés industriellement.
Mais au-delà du coût du travail, la flambée énergétique a lourdement affecté la rentabilité du secteur. «On a connu des hausses du prix de l'énergie qui ont été catastrophiques pour les meuniers, très consommateurs d'énergie. Et puis le sujet important que l'on oublie parfois en France, c'est la pression de la grande distribution, qui fait baisser de facto le prix de la farine», alerte Jean-François Loiseau, président de l'interprofession meunière.
Une filière en perte de vitesse
En dix ans, la France est passée du statut d'exportatrice à celui d'importatrice nette de farine. Alors qu'elle écoulait 1,6 million de tonnes à l'étranger, elle n'en a exporté que 214 000 en 2024. Le secteur était pourtant florissant autrefois. Mais sous la triple pression d'une fiscalité défavorable, d'une concentration des outils de production et de la guerre des prix en supermarchés, la meunerie française se bat désormais pour sa survie, pendant que l'Allemagne s'impose comme le moulin de l’Europe.



















