
On les surnomme les forçats de la route. Pédaler sous un soleil de plomb en plein été, les coureurs du Tour de France en ont l’habitude. Le pourront-ils encore en 2050 quand les températures connaîtront des pointes à 50°C ? Sauf à mettre en péril la santé des cyclistes, le non s’impose. Arrivées décalées dans la soirée à la fraîche, tracés hors des régions les plus méridionales, voire décalage de l’épreuve dans le temps… Les successeurs de l’actuel patron du Tour, Christian Prudhomme, vont avoir du pain sur la planche pour offrir un avenir raisonnable à la Grande Boucle.
Le sport en 2050 ? A l’image de la plus célèbre épreuve de vélo au monde, bien des compétitions dans vingt-cinq ans auront sans doute beaucoup évolué en comparaison avec leur format actuel. Et il ne s’agira pas d’un simple toilettage des règles ou d’une amélioration de l’équipement permettant de booster les performances.
On parle de transformations en profondeur dues à des contraintes fortes. A commencer, bien sûr, par la transition écologique mais pas seulement. Or, si le sport fait rêver petits et grands, il s’agit avant tout de business. Même les plus rétifs des dirigeants sportifs n’auront pas d’autre choix que de bouger, s’ils ne veulent pas voir leur poule aux œufs d’or passer de vie à trépas.
Le changement climatique va bouleverser les pratiques sportives
Pour débuter, on ne saurait trop leur conseiller de lire l’étude réalisée l’an dernier par Axa Climate et l’agence Sport 1.5 à propos des conséquences du réchauffement climatique sur la pratique sportive en 2050. Outre la santé des athlètes mise en danger, c’est l’organisation de certaines épreuves qui est menacée. Un exemple marquant ? Le biathlon, qui mixe ski de fond et tir à la carabine. Selon cette enquête, à San Sicario, une station où ont été organisés les épreuves aux JO de Turin en 2006, plus aucun jour de l’année ne serait skiable dans vingt-cinq ans !
A quand le biathlon comme épreuve des JO d’été ? L’idée n'est pas si farfelue, ce sport se pratiquant en moyenne altitude, avec peu de possibilités de neige artificielle. «Son avenir passe par le ski à roulettes, pratiqué aujourd’hui pour l’entraînement», estime Maël Besson, fondateur de l’agence Sport 1.5. Sur route, sur piste bien sûr mais aussi, pourquoi pas, sur des sentiers escarpés grâce à des skis électriques. Aucune science-fiction ici : la start-up française Skwheel en propose déjà une version roulant à plus de 80 km/h.
Des sports mixés en une discipline ?
Et s’il n’y avait que les aléas climatiques à gérer dans le futur ! Les spectateurs vont aussi changer. Pour séduire les digital natives, fans de zapping, des promoteurs de compétitions songent déjà à modifier leurs règlements, voire à créer des disciplines plus spectaculaires. «Le football est trop lent et trop peu stimulant, les jeunes risquent de ne plus s’y intéresser» a ainsi expliqué l’ancien footballeur espagnol Gerard Piqué pour justifier le lancement en 2022 de la Kings League, une nouvelle compétition à sept avec des mi-temps de vingt minutes.
D’autres promoteurs n’hésitent pas à mélanger des sports afin de trouver de nouveaux débouchés : chessboxing (boxe et échec), bossaball (football, trampoline et volley)... La seule limite est l’imagination et… l’argent mis sur la table.
Vers des compétitions plus spectaculaires ?
En Europe, des championnats nationaux trop peu attractifs pourraient même disparaître, au profit de super-ligues privées. Celles-ci regrouperaient les meilleures équipes du continent, comme dans le foot, où les grands clubs veulent se réserver l’essentiel du gâteau que constituent les droits télés et le sponsoring. Et les autres sports collectifs pourraient suivre le mouvement, dénaturant l’essence même du sport qui, s’il échappe aux fédérations, ne sera plus à l’abri des dérives.
La preuve ? Pour assurer le spectacle, certains apprentis sorciers prônent la fin des contrôles antidopage. Dès l’an prochain, un projet de ce type, Enhanced Games - financé par Peter Thiel, le cofondateur de Paypal mais aussi par Donald Trump Jr, l’un des fils du président américain -, connaîtra une première édition à Las Vegas. Un coup d’essai pour lancer plus tard d’autres compétitions dignes des Jeux du cirque ?
McLaren planche sur un bolide à moteur électrique capable d’atteindre 500 km/h
Recherche de performances toujours plus élevées pour les uns ou provocations pour les autres ? Il n’y a pas que le dopage qui posera débat à l’avenir. Les évolutions technologiques auront aussi une influence non négligeable. Voyez dans le sport auto, l’emblématique exemple de la Formule 1, qui fêtera justement ses 100 ans en 2050. Le spectacle pourrait être grandiose lorsqu'on découvrira la MCLExtreme, un concept car sur lequel le constructeur britannique McLaren planche depuis quelques années déjà.
Ce bolide pourrait être propulsé par un moteur électrique capable d’atteindre 500 km/h, les batteries se rechargeant avec une induction installée dans l’enrobage de la piste des stands. Les Charles Leclerc de 2050 utiliseront l’IA comme copilote. Pour permettre de faire la différence entre les conducteurs, McLaren imagine même des changements de règles, avec des «black out zones» qui supprimeraient, pendant quelques minutes, toutes les aides au pilotage. Suspens assuré !
Crédible ? Encore faudrait-il que ces projets prouvent leurs vertus écologiques. Déplacements des foules et du matériel dans le monde entier… La logistique de ces épreuves mécaniques entraîne aujourd’hui une importante pollution. Et demain ? «Si les feux de forêt dévastent sa région et si l’eau n’arrive plus à son robinet, le citoyen n’acceptera plus ces spectacles au bilan carbone désastreux, estime Maël Besson. Pour sa survie, le monde du sport doit être le premier défenseur du climat.»
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