
Un tableau noir, une estrade avec le bureau du prof et des tables pour les élèves qui leur font face… A quelques détails près, les différences entre une salle de classe actuelle et une du siècle dernier ne sautent guère aux yeux. L’école serait-elle réfractaire aux évolutions technologiques ? «C’est un monde avec une certaine inertie», constate Thierry de Vulpillières, président d’EvidenceB, une start-up de logiciels éducatifs, qui, au début des années 2000, dirigeait le projet de cartable électronique -une tablette censée remplacer les ouvrages scolaires en papier- chez Bordas et Nathan, puis plus tard, celui de classe immersive -un espace d’apprentissage 100% numérique- chez Microsoft. Aucune de ces initiatives n’a connu de lendemain…
En serons-nous toujours là dans vingt-cinq ans ? Une chose est certaine : il va falloir bouger. Comparé à l’étranger, notre système éducatif ne peut se satisfaire de sa piteuse 26e place sur 32 au dernier classement Pisa de l’OCDE évaluant les acquis des jeunes de 15 ans. A la clé, une injustice sociale, les enfants issus de milieux défavorisés ayant plus de difficultés mais aussi une réelle inquiétude quant à l’insertion des nouvelles générations dans le monde du travail. De plus, bien des métiers de demain n’existant pas encore, une grande capacité d’adaptation sera requise.

«L’intelligence artificielle va permettre d’offrir un apprentissage personnalisé à chaque élève»
La bonne nouvelle, c’est que nous devrions disposer enfin de solutions performantes grâce aux progrès dans les sciences cognitives et le numérique. Certes, les experts du secteur plaident pour leur chapelle, mais ils en sont convaincus : «L'intelligence artificielle va permettre d’offrir un apprentissage personnalisé à chaque élève», anticipe Samy Lahbabi, co-fondateur de Stellia, une start-up dans l’IA dédiée à la formation.
Nourris par une data de plus en plus fine, des assistants IA personnels, accessibles via une tablette ou des objets avec une interaction vocale, s’adapteront aux forces et faiblesses des enfants mais aussi à leur degré de concentration ou de fatigue, pour les faire progresser pas à pas. Ce qu’un enseignant n’a pas le temps de réaliser dans des classes trop hétérogènes.
Ce dernier deviendrait alors un mentor, aidant à structurer les projets pédagogiques proposés par chaque IA et suivant les progrès de ses élèves. «Il y aura alors moins de cours magistraux classiques et davantage d’enseignements sur des compétences psychosociales comme l’apprentissage du travail en groupe ou la gestion des émotions», avance Jérôme Pesenti, ancien patron de la recherche en IA chez Facebook et créateur de Sizzle AI, qui propose du tutorat en ligne pour les étudiants. Dès lors, la structure de l’année scolaire s’en trouvera modifiée, les emplois du temps étant davantage calés sur les progressions de chacun.

Des défis à relever : intéresser les élèves et la sécurisation des données
Par ailleurs, un contrôle continu plus objectif prendra le pas sur les traditionnels examens finaux. De même, le cadre de la classe sera (enfin !) impacté, avec moins d’alignements de pupitres et davantage d’espaces modulables selon les besoins (travail en groupe, recherche personnelle, atelier de créativité…).
Reste que, pour réussir, de sérieux défis seront à relever telles que la sécurisation des données gérées par les IA, la formation des enseignants mais aussi la dépendance aux écrans... et la motivation des enfants. Pourquoi faire des efforts pour apprendre quand une machine a réponse à tout ? «Il faudra recourir à des moyens psychologiques subtils pour maintenir l’engagement, par exemple via des systèmes de gaming et de récompense», suggère Samy Lahbabi. Exactement comme le font déjà les réseaux sociaux. Cette fois, ce sera pour la bonne cause.
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