Certains parlent de pudeur des femmes face aux questions d’argent, d’autres d’aversion au risque… qu’importe la terminologie, la réalité qu’elle désigne, elle, ne varie pas : confrontées à la réussite financière et à tout ce qui s’y rattache - augmentation de salaire, promotion, investissement…- les femmes restent plus frileuses que les hommes et ce phénomène, désormais bien connu, pèse chaque année sur l’activité économique.

Pour tordre le cou à cet état de fait et aux idées reçues qui l’alimentent, Business O Féminin organisait le 20 mars dernier, en partenariat avec Capital, la deuxième édition du 360 Female Leadership Forum, un événement destiné à aider les femmes à booster leur carrière au travers d’une série d’interventions inspirantes et d’ateliers pratiques organisés autour du leadership, de la prise de parole, de l’art du storytelling et du bon usage de l’iA.

Pour Véronique Forge-Karibian, fondatrice et CEO de Business O Féminin, l’ambition était clairement affichée : s'attaquer au plafond de verre qui freine l’ambition et impacte la réussite professionnelle. Celui qui continue à sévir dans le monde économique et celui, plus pernicieux et tout aussi nocif, que les femmes s’imposent.

“Outiller les femmes” pour lutter contre le plafond de verre et l’autocensure

Le constat est fait depuis des années: aux freins exogènes émanant de la société et des organisations s'ajoutent les freins internes que les femmes se mettent à elles-mêmes et qui peuvent faire d’elles leur propres détracteurs, explique-t-elle. Pour passer à la phase suivante, il faut outiller les femmes : leur apprendre à négocier leur salaire, à ne plus se dévaloriser, à mettre leurs compétences en avant, à prendre des risques…

D’où cet objectif: faire de l’événement non pas un énième temps de réflexion mais un concentré de conseils pratico-pratiques pour “donner aux femmes les leviers nécessaires pour passer à l’action”.

Une urgence, au vu de l’impact économique de cette réalité sociétale : aujourd’hui encore, les salaires des femmes restent, à compétences égales, inférieurs de près de 15% en moyenne à celui des hommes, leur carrière progresse moins vite, elles font moins fructifier leur capital et investissent moins dans l’économie. Autant de phénomènes individuels qui, additionnés, coûtent chaque année plusieurs points de PIB à la France et ralentissent la croissance. “Il y a là une énorme déperdition de valeur, martèle Véronique Forge-Karibian, et dans les compétences des femmes, une véritable réserve de croissance inexploitée”.

“L’aversion au risque” des femmes coûterait chaque année des milliards de dollars à l’économie mondiale

Présente lors de l’événement, la députée et auteure de la loi visant à imposer 30% de femmes dans les comex des entreprises de plus de 1 000 salariés à compter de l’an prochain, Marie-Pierre Rixain, a pointé le lien entre plafond de verre et croissance économique. S’appuyant, entre autres, sur une étude récente réalisée par la Banque de France, la députée de la 4eme circonscription de l’Essonne a martelé les chiffres : sur 87% des secteurs professionnels existants, seuls 18 sont mixtes. Or la pleine intégration des femmes à l’ensemble des secteurs professionnels se traduirait par une hausse de 2 100 milliards de dollars de PIB annuel en Europe, et de 330 milliards en France.

Autre exemple : la faible proportion des femmes à placer leur argent. En 2023, seules 11% d’entre elles investissaient en bourse, contre 24% des hommes. Motif invoqué ? “leur aversion au risque”. Or si les femmes investissaient dans la même mesure que les hommes, “près de 3 200 milliards de dollars de capitaux seraient injectés dans l’économie mondiale” a insisté Marie-Pierre Rixain. Tout comme “6 000 milliards de dollars de gains économiques mondiaux pourraient être obtenus si les femmes créaient et développaient des entreprises au même rythme que les hommes”.

D’où l’importance de “déconstruire” les réticences, de “lever les freins et de donner aux femmes les outils pour oser” a répété Véronique Forge-Karibian. Que cela passe par l’audace d’investir son capital, de demander une augmentation, de préempter un poste ou de créer son entreprise. Dans l’intérêt général.